Ce n'est pas tant l'aspect policier qui intéresse dans Crime de sang. Non qu'il soit mal fait, mais il est finalement assez anecdotique. D'ailleurs, on sent l'écrivain moins à son aise lorsqu'il s'agit d'instaurer une atmosphère plus poisseuse. C'est l'ancrage dans une Chine rurale arriérée, où les habitants parlent avec la verve réjouissante à laquelle la littérature chinoise nous a accoutumés, qui rend Crime de sang si intéressant.
L'intrigue est savamment menée mais, comme beaucoup de littérature policière contemporaine, cherche trop la perfection en voulant absolument réunir tous les fils épars. Les épisodes d'enquête sont assez vite expédiés, la faute à un enquêteur qui découvre la vérité très facilement. C'est pourquoi l'aspect policier, sans être mauvais, n'est pas forcément le meilleur de ce roman.
En revanche, la présentation de la Chine du nord coupée du reste du pays, d'une minorité Orochong paupérisée mais gardant sa fierté, des restes de la révolution culturelle et de la difficulté de s'en affranchir, tout cela forme un tableau minutieux et très réussi.
Ainsi, ce n'est pas la découverte du coupable de ce crime vieux de onze ans qui passionnera le lecteur, mais ce que cela dit d'une société qui peine à évoluer, mais surtout à sortir des ornières dans laquelle on l'a enfoncée. Belle idée que de partir d'un crime ancien pour montrer l'emprise du passé, presque sans avoir l'air d'y toucher.
Plonger dans un traumatisme historique pas si vieux pour y inscrire son intrigue policière est un procédé efficace, et He Jiahong l'utilise de main de maître.