Tout s'est terminé, en un drame indicible. Le roman peut alors commencer, comme un compte à rebours, chronique d'une tragédie annoncée. La construction de Dans la jungle rappelle d'autres œuvres qui ont utilisé ce même procédé narratif : au cinéma, avec Polytechnique de Denis Villeneuve, sans même parler de Boulevard du crépuscule, de Billy WIlder ; en littérature, c'est d'abord Chanson douce de Leïla Slimani, qui vient à l'esprit, mais il y a bien d'autres exemples. Dans ces cas de figure, c'est la progression vers l'inéluctable qui est scrutée attentivement, avec tous les indices semés en route. On connaît désormais la plume d'Adeline Dieudonné, romancière belge dont la "concurrente" semble bien être Lize Spit, même nationalité, langue différente, avec laquelle elle partage un esprit assez démoniaque et l'absence de tabous. Pour en revenir à Dans la jungle, récit d'un mariage qui vire à l'affrontement et qui ausculte les fondements et les ressorts de l'emprise, disons que l'aspect programmatique du récit empêche celui-ci de se libérer véritablement, puisque le lecteur se retrouve obligatoirement dans la position du détective qui analyse tous les éléments susceptibles de constituer des éléments annonciateurs du dénouement sanglant. C'est le seul bémol d'un roman dont on sent qu'il n'est pas né de nulle part, mais nourri de faits divers hélas bien réels. Adeline Dieudonné ne laisse rien de côté, même les personnages périphériques ont leur importance, et la romancière, principalement attachée aux pas de sa malheureuse héroïne, avec son cheminement psychologique, a aussi le pouvoir d'un démiurge, dès lors qu'elle s'autorise des pas de côté chez le bourreau de cette histoire sordide. Elle s'immisce surtout là où des personnes tiers n'ont généralement pas accès : dans l'intimité du couple, ce territoire qu'elle surnomme la jungle. Sa pertinence, en la matière, ne souffre d'aucune contestation et son livre possède une puissance d'évocation indéniable. On peut simplement émettre quelques réserves dans le fait qu'il nous transforme, peu ou prou, en voyeurs en quête de sensations coupables. Mais rien à voir, heureusement, avec d'autres ouvrages à succès, bâtis eux sur le goût du sordide et qu'il n'est pas nécessaire de nommer.