Ecrivain retraité de la gendarmerie, Sébastien Vidal fait exploser la haine et la violence dans un village de montagne coupé du monde par une tempête : une vision miniature de ce que l’aveuglement et la peur de l’autre pourraient finir par produire à plus grande échelle dans le contexte actuel de radicalisation populiste.
C’est un petit village des Alpes au nom prédestiné, Tordinona, comme la prison papale où l’on enfermait les suspects d’hérésie au temps de l’Inquisition à Rome. Et, à dire vrai, ce lieu perdu et isolé regroupant une poignée de familles accrochées depuis toujours à ce décor immuable a tout de la forteresse inexpugnable, ordinairement repliée sur elle-même dans l’aversion au changement et la détestation de l’étranger, transformée l’hiver en huis clos hermétique quand le vent hurlant et la neige par tombereaux achèvent de blanchir à tous les sens du terme cette zone sans couverture téléphonique.
Lorsque, cette nuit de tempête inaugurant le récit, une avalanche emporte le pont qui constituait le dernier lien avec la civilisation, l’enfermement le plus total referme ses mâchoires sur le village, y bloquant malgré eux deux gendarmes dans leur tournée et un voyageur itinérant n’ayant pour tout bagage que son chien et son teint basané. Alors que sévit la tourmente, le garde-champêtre découvre dans la neige le corps sans vie, porteur de marques de strangulation, de la jeune fille du maire. Aveuglé par la douleur et la fureur, ce dernier n’en a plus aussitôt qu’après l’étranger de passage.
Face à cet homme sanguin à l’autorité d’autant plus incontestée qu’avec son usine d’embouteillage d’eau de source il est le principal employeur au village et qu’il a fait des hommes de la société de chasse qu’il préside une milice à sa solde, les gendarmes et l’homme que tous entendent lyncher n’ont d’autre choix que de se retrancher pour soutenir le siège d’habitants aussi obtus que déchaînés. Au chaos de la tempête s’ajoute celui des hommes, dans un affrontement entre les représentants des règles de droit et les partisans d’une justice privée arbitraire et inepte rappelant les pires moments de l’histoire du Sud américain : une résurgence de violence tout à fait symbolique dans le contexte politique général actuel.
Si l’on pourra trouver le trait un peu forcé et les villageois un rien caricaturaux, c’est que, peu en chaut le réalisme du récit, ce qui compte ici est l’atmosphère d’épouvante et de chaos, le déchaînement des éléments ne soulignant que mieux la férocité démente des hommes quand l’emballement collectif face à la peur les mène aux pires comportements. Mais, tout n’est pas noir et blanc dans cette histoire qui sait trouver aussi quelques pépites d’humanité et de bon sens chez certains personnages, histoire de ne pas plomber totalement la vision de notre futur.
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