C’est l’histoire d’une confession. La confession, sur cassettes audio, d’un écrivain en perte de vitesse. Un écrivain qui, manipulé par sa femme, a participé à la mise au point d’un plan machiavélique censé supprimer son beau-père et lui offrir sur un plateau le sujet d’un true crime lui permettant de remettre sa carrière et ses finances à flot. Les cassettes ont été déposées dans la boîte aux lettres de son voisin. En les écoutant, on se rend compte que le projet a mûri sous l’influence de l’alcool et de diverses substances. On se rend compte aussi que son couple hautement dysfonctionnel et sa femme psychotique n’ont pas aidé à l’accomplissement de leur plan. En gros, c’est l’histoire d’un naufrage, que le narrateur a vu venir de loin et auquel il n’a jamais vraiment chercher à échapper.
Quel pied ! Il y a tout ce que j’aime dans ce roman. Un narrateur paumé, pitoyable, qui s’enfonce en toute lucidité et qui possède suffisamment d’autodérision pour prendre les choses avec autant d’effroi que de distance. Il y a du cynisme à toutes les pages, des dialogues d’une délicieuse vulgarité, une société blanche, raciste et vénale en perdition dans le Los Angeles des années 90. Bref, il y a une ambiance à la Bret Easton Ellis. Et puis il y a cet auteur culte, blacklisté aux États-Unis pour avoir commis un roman trop radical et dont les éditions Toussaint Louverture sortent ce manuscrit alors qu’il n’a jamais été publié en anglais. J’adore la prise de risque, l’idée de miser sur un texte vénéneux écrit par un parfait inconnu. Et bien sûr, comme toujours chez cet éditeur, j’adore le soin apporté à l’objet-livre en lui-même. Un sans faute sur toute la ligne !