Je l'ai lu il y a longtemps certes, mais heureusement le visionnage de la version de Villeneuve m'a permis de revoir le plus inacceptable récit de "SF" de tous les temps.
En plus apparemment, c'est fidèle, chic !
Premier écueil : ce n'est pas un récit de SF, un récit de SF c'est quand on regarde les conséquences des technologies, ici hormis le voyage spatial, les autres technologies sont mal mises à l'honneur, donc autant dire que Dune a autant de portée dans ce domaine que Star Wars, donc à peu près aucune. Même Ian Banks ou Damasio font mieux, et on est loin de K Dick, Asimov, Simark ou plus récemment Black Mirror, Moon ou Bienvenue à Gattaca...
(La vraie question SF du moment, c'est Cyberpunk JV est-il techno-conservateur et l'était-il déjà à l'époque du JdR?)
Sur l'histoire, on a donc les gentils atréides américains qui vont débarquer dans un moyen-orient fantasmée où n'existait pas encore Dubaï pour expulser le méchant Vladimir...
En terme de subtilité, on en est là.
Les problèmes d'appropriation/pillage culturelle alimentent désormais de légitimes débats, et à ce niveau-là Dune fait singulièrement tâche, un pillage aussi maladroit de la culture islamique est une réelle insulte, en vrai, un Christian Clavier qui fait un film sur la banlieue relève d'un malaise similaire.
Encore un peu et je hurle "Wakanda", douloureux quand même.
Vous m'objecterez qu'à l'époque, on n'avait pas ce genre de préoccupations.
Certes, mais dans ce cas l'adaptation n'a pas lieu d'être et je vous laisse préparer le bûcher pour Villeneuve.
Même chose avec la Pocahontas du cru, à l'époque, ce n'était pas gênant (et encore) une histoire aussi maladroite entre le gentil colon et la pas farouche autochtone, mais aujourd'hui, Denis ferait bien d'essayer autre chose.
Anticiper les évolutions de la société fait un peu partie du travail de la SF même si la bien nommée anticipation s'est un peu substitué à cette tâche, mais une si pauvre relecture du contexte géo-politique d'une époque qui se découvre accro au pétrole/épice laisse plus que sceptique. Si le plus grand récit de SF est juste une négotiation fourbe pour savoir qui va piller les ressources des pays pauvres, on n'a pas le cul sorti des épines du colonialisme.
Et ces pauvres bonnes soeurs si maltraitées...
Passées les sympathiques conspirations et n'allant guère plus loin dans son exploration technologique, ni dans son analyse géo-politique, la suite semble prendre un fort tour mystique et spirituel, nous n'avons pas été plus loin.