Tombé dessus par hasard (quand on se dit que ça fait deux heures qu'on est dans la librairie et qu'on ne veut pas faire de peine au vendeur), et convaincu par la préface élogieuse d'Emmanuel Carrère, qui cite les bouquins qu'il a lus trois fois, dont celui-ci. Un linguiste hongrois censé se rendre en avion en 2 étapes à un colloque, s'endort à peine installé dans le deuxième avion, et se réveille dans un pays inconnu dont il ne comprend pas la langue et n'en retrouve aucune caractéristique ni structure connues de lui, pourtant éminent spécialiste ! Personne pour l'aider, personne ne parlant aucune langue qu'il connaît, et il en connaît plein ! Dans l'espèce de librairie qu'il déniche, aucune traduction, les bouquins semblent vendus au kilo sans considération de leur contenu. Disons d'emblée le caractère cauchemardesque et absurde du récit. Quel aéroport ou quel grand hôtel en effet n'abriterait pas au moins un individu baragouinant 2 mots de globish ? Le héros erre dans cette ville immense, sans banlieue, sans fin, il y dépense ses derniers billets changés dès son arrivée. La réception de l'hôtel ne lui rend pas son passeport. Il se clochardise, connaît l'amour certes, mais sans sous-titres, traverse une guerre civile épouvantable. Les événements semblent n'avoir aucune prise sur les habitants. La vie reprend dès le lendemain de massacres abominables, les ruines fumantes sont déblayées en un rien de temps, les immeubles sont reconstruits. Les habitants sont nombreux, de toutes les races et couleurs, ils grouillent, se bousculent sans cesse, laborieux, font des queues interminables pour tout. Une religion bizarre existe, aussi dingue que le vaudou. Le pays semble prospère. Un jour, alors qu'il est prisonnier de la ville depuis des semaines et des semaines, il croise dans un escalier mécanique un type lisant un magazine écrit en hongrois, sa langue maternelle, il court, rebrousse chemin, se démène, mais il y a une foule incroyable et il ne retrouve pas le bonhomme ! En dehors des grandes convulsions sociales, des révoltes, tout est très légèrement décalé, provoque un lancinant malaise, nauséeux, sans fin. On ne lâche plus le bouquin, le linguiste est opiniâtre, ingénieux, il y croit jusqu'au bout, et nous aussi...