Face au drapeau, voici un titre qui annonce la couleur, les trois couleurs devrais-je même dire, Jules Verne étant bien sûr français. Et effectivement, du patriotisme, on va en avoir, notamment dans la résolution de l'intrigue, apparaissant comme particulièrement naïve, et pas très bien amenée. Mais un Jules Verne mineur, ça reste un récit d'aventures plaisant, qu'on ne s'y trompe pas. La langue est toujours aussi efficace, et l'imagination est là. Nous y suivons les déboires de Simon Hart, ingénieur enlevé en même temps que le célèbre Thomas Roch, qui aurait mis au point une sorte de super arme capable de détruire jusqu'au globe terrestre, à trop haute dose. Séquestré par le pirate Ker Karrage, il se retrouve à l'intérieur de ce que tout le monde pensait être un volcan en activité. Il se met alors à songer que, inconnu, ce port d'attache accessible uniquement en submersible est une cachette inviolable mais que, connu du monde entier, cela pourrait se transformer en souricière.
Face au drapeau est bien un roman de Jules Verne, en ce sens qu'on y retrouve des préoccupations et des thématiques qui ont déjà traversées son oeuvre. La patriotisme, donc. L'usage d'un sous-marin commandé par un personnage énigmatique, usant d'un pseudonyme. D'un point de vue de l'anticipation, rappelons que des sous-marins étaient déjà testés à l'époque d'écriture de ce roman, et qu'il n'a fait que pousser au paroxysme la soif de découverte d'armes nouvelles. L'histoire lui donnera bientôt entièrement raison. Il est à noter que Jules Verne est, en ce sens également, un précurseur : alors que la science-fiction allait bientôt se développer, et faire montre généralement d'un grand optimisme envers la science, il préfigure dans ses derniers romans la défiance qui sera celle des écrivains post ère atomique.
L'intrigue de ce roman n'est pas si mal, mais celui-ci souffre tout de même, outre sa fin définitivement trop naïve, de faiblesses : les nombreuses répétitions dont fait preuve le récit finissent par lasser un peu. Passe encore que de longues pages soient nécessaires à l'établissement d'une vérité que le lecteur connaissait depuis longtemps, c'est le prix à payer pour lire le récit du point de vue de l'ingénieur Simon Hart, qui n'a pas les clés tout de suite pour comprendre ce qui lui arrive. Mais ensuite, le récit s'enlise, faute de péripéties, dans un rappel continuel de l'état d'esprit et des pensées de notre héros, qui n'évoluent guère. On a donc souvent l'impression de redites un peu inutiles.
Face au drapeau reste néanmoins d'une lecture intéressante et plaisante, Jules Verne ayant, en 1896 beaucoup de métier. Mais surtout, Karel Zeman en tirera Aventures fantastiques un dessin animé expérimental superbe et très inventif, reprenant à son compte le style des gravures dans les éditions Hetzel.