Chose très rare ; dès les premiers mots de Jean-Philippe Toussaint, j'ai su que j'allais aimer ce roman. La plume franche, l'ambiance âpre et flottante, le thème de la rupture amoureuse et du temps qui passe, s'entremêlent, sans explications, simplement, comme un rêve brumeux. Jean-Philippe Toussaint, pour la première fois dans son parcours d'auteur pourtant apporte quelques touches de psychologie ; mais une psychologie qui se réduit à quelques phrases, courtes et simples. Rien n'est expliqué, les actions se déroulent dans un flou constant et c'est jouissif d'essayer de comprendre par soi-même, ou de faire le choix, au contraire, de ne pas comprendre.
La rupture est traitée dans sa complexité, et reflète les déchirements incompréhensibles de deux coeurs qui s'aiment encore mais qui, malgré tout, sont voués à la séparation, comme une fatalité. "Nous nous aimions mais ne nous supportions plus. Il y avait ceci dans notre amour, que, même si nous continuions à nous faire plus de bien que de mal, le peu de mal que nous nous faisions nous était devenu insupportable."
J-P Toussaint s'attarde souvent sur des détails dans la description comme pour éviter le coeur de l'intrigue, comme si le narrateur lui-même, reportait son attention sur les villes qui l'entourent plutôt que sur sa situation. Et il faut dire que Tokyo et Kyoto, toutes deux avec des athmosphères très différentes, l'une toujours pleine ; pleine de néons, pleine de gens. L'autre, beaucoup plus calme et traditionnelle, sont détaillées à un point si extrême qu'on se sent y vivre. C'est assez rare que je me sente dépaysée pendant une lecture, et là c'était clairement le cas : je voyais tout, chaque geste, chaque sensation décrite, comme les gouttes d'eaux frappant les battants de la maison pendant un épisode de fièvre.
Bref, pour moi, ce livre se fraye sa place jusqu'à arriver 3e de mon top 3.