Ce roman de François Mauriac se déroule sur les lieux de son enfance. Mais ce n'est pas un livre autobiographique que je sache. Il a juste emprunté des lieux qu'il connaissait bien pour y implanter son roman, une grande maison familiale (maison de maître) en région bordelaise située à proximité de la gare pour des raisons professionnelles car la famille faisait le commerce de bois, des merrains en particulier utilisés en tonnellerie.
Le roman commence par l'agonie de Mathilde, l'épouse de Fernand faisant suite à une fausse couche. On découvre que Fernand, complètement inféodé à sa mère qui hait Mathilde, ne prend même plus la peine de veiller sur elle. Pendant son agonie, elle fait le triste bilan de sa vie professionnelle et intime que Mauriac conclut par un terrible : "elle eut la mort douce de ceux qui ne sont pas aimés"
Cette haine viscérale de la mère vis-à-vis de sa belle-fille remonte au mariage : "vous n'aurez pas mon fils, vous ne me le prendrez jamais"
Vis-à-vis de l'enfant mort-né : "ça n'aurait même pas été un garçon".
La haine de cette mère n'est en fait que pur calcul. D'ailleurs, plus loin dans le roman, elle accorde
et reconnait volontiers de la droiture et de l'honnêteté chez Mathilde. Non, le seul enjeu, c'est Fernand. La possession exclusive du fils. La mère est veuve depuis longtemps et s'est emparée de l'ensemble des propriétés qu'elle gère seule et sans partage. Fernand fait partie de ces propriétés.
Mais voilà que Mathilde à peine morte se met à avoir, enfin, de l'emprise sur Fernand. Au point qu'il retourne dans la chambre de Mathilde qu'il avait déserté il y a fort longtemps et s'éloigne ainsi de la mère.
"C'est toi qui l'a tuée un peu tous les jours".

"Ce n'est pas vrai. Je me défendais. J'étais dans mon droit"
Mais pas pour longtemps, car Elle s'adapte puis reprend lentement possession de son fils qui finit par rendre les armes. Différemment et sans gloire.
Mauriac analyse froidement ces personnages dans ce huis-clos mère-fils, arbitré par la servante de toujours, Marie de Lados et par l'ombre de Mathilde.
Le ton du livre est âpre comme cette terre ingrate qu'il faut beaucoup travailler pour un peu de rendement. Mais aussi comme cette terre qu'on possède et qu'on ne veut pas lâcher.
Roman dans la droite ligne de ce que Mauriac a pu écrire dans "le baiser au lépreux" mais surtout "le nœud de vipères" ou encore "Thérèse Desqueyroux" où Mauriac met à nu cette petite bourgeoisie, catholique !! de la région bordelaise, soucieuse du qu'en-dira-t-on et d'étouffer les passions, génératrices de désordres potentiels.

JeanG55
8
Écrit par

Créée

le 10 févr. 2021

Critique lue 101 fois

Génitrix

Génitrix

8

Amal_Amall

le 18 sept. 2013

Suivre

Un véritable délice

Mauriac a su en quelques pages seulement , charmer avec autant de simplicité et d'élégance . Génitrix est l'un de ces romans qu'on n'oublie pas , parce qu'il s'impose facilement par un style fluide ,...

Génitrix

Génitrix

8

JeanG55

le 10 févr. 2021

Suivre

La mère

Ce roman de François Mauriac se déroule sur les lieux de son enfance. Mais ce n'est pas un livre autobiographique que je sache. Il a juste emprunté des lieux qu'il connaissait bien pour y implanter...

Génitrix

Génitrix

7

Chatov

le 21 avr. 2020

Suivre

Critique de Génitrix par Chatov

Petites intrigues de famille vivant en quasi-vase clos, dans leur communauté villageoise. Dans un trio à consonance œdipienne, une vieille mère et sa belle fille se disputent l'affection d'un fils de...

La Mort aux trousses

La Mort aux trousses

9

JeanG55

le 3 nov. 2021

Suivre

La mort aux trousses

"La Mort aux trousses", c'est le film mythique, aux nombreuses scènes cultissimes. C'est le film qu'on voit à 14 ou 15 ans au cinéma ou à la télé et dont on sort très impressionné : vingt ou quarante...

Le Désert des Tartares

Le Désert des Tartares

9

JeanG55

le 7 avr. 2023

Suivre
Dernière modification

le 7 avr. 2023

La vanité de l'attente de l'orage

C'est vers l'âge de vingt ans que j'ai lu ce livre. Pas par hasard, je me souviens très bien qu'un copain me l'avait recommandé. J'avais bien aimé. Cependant, je n'ai jamais éprouvé le besoin de le...

125 rue Montmartre

125 rue Montmartre

8

JeanG55

le 13 nov. 2021

Suivre

Quel cirque !

1959 c'est l'année de "125 rue Montmartre" de Grangier mais aussi des "400 coups" du sieur Truffaut qui dégoisait tant et plus sur le cinéma à la Grangier dans les "Cahiers". En attendant, quelques...