C'est l'histoire crépusculaire d'une demeure. La vie l'abandonne. Il y a d'abord la fièvre, le délire puis le froid glacé de la mort. Il s'agit d'un monde suranné. Ceux qui l'ont bâti sont morts, il ne reste que les rejetons décadents et absurdes rivés à des stratégies d'un autre temps et devenues sans objets. Tout s'immobilise dans un silence minéral, la nature est absente rejetée et hostile, même le ciel nocturne est glacé et la forêt pourtant domestiquée est d'une noirceur à vous figer le sang. Les pensées des personnages, sans objets se délitent ; la dynastie lentement constituée s'éteint faute de mouvement, de sentiments. L'impassibilité de la pierre dans une froideur hostile et butée.
D'aucuns voient une forme de folie moderne, je n'y vois que l'agonie d'un monde passé qui à survécu sur un malentendu aux tranchées de la Grande Guerre. Si Mauriac est un auteur catholique, c'est un catholicisme de cauchemar, médiéval, gothique et hérétique une vision plus désespérée que Luther et Calvin réunis, le salut n'existe que dans la décomposition et la pourriture. Plus froid que la pierre, l'absolu dans le néant.