Les romans du terroir, cela évoque les parfums oubliés de territoires perdus. Des récits d'une France d'avant. La beauté des grands sites. Des personnages hauts en couleur, parlant dans une langue qu'on ne parle plus.
Et il y a de tout cela dans Grand-cap. On croirait, par les sonorités, entendre des dialogues sortis d'un film de Pagnol. Et puis il y a ce territoire près de Toulon. Cette petite bicoque de charbonnier, haut en altitude mais avec une petite vue sur la mer.
Voilà déjà une bonne raison d'aimer Grand cap. Un roman qui fut apparemment un grand succès. Et que depuis, on a oublié. Sic transit gloria mundi, comme disait l'autre.
Et qu'on peut redécouvrir avec plaisir. Pour ses personnages. Ils ne sont peut-être pas originaux ces personnages, mais ils sont bien campés. On a l'impression de les connaître. Ils sont durs à la tâche, et ce qui compte pour eux c'est l'amour, et le bonheur. Le confort, ça vient après, et si ça ne vient pas tant pis, on fait avec.
Cela nous vient d'un temps où la littérature populaire, c'était du solide. Aujourd'hui on a un peu perdu de ce savoir-faire. Et c'est bien dommage.
Mais parlons plutôt du livre : c'est le premier d'une série. Je n'ai pas les autres. Ce qui n'est pas si grave : il se suffit bien à lui-même. Il se passe pendant la première guerre mondiale, qui va imposer son tribut. Mais il est centré, plus particulièrement, sur le personnage d'Arnaude, cette femme qui voit les hommes qu'elle aime la quitter les uns après les autres, à cause de la guerre principalement. Une mère courage, qui ne se laisse pas abattre. Son mari était un riche héritier, jusqu'à son choix de l'épouser elle, fille de rémouleur itinérant. Le père lui a laissé le choix : la fille ou la maison. Il a choisi. Ses fils lui font bien du souci, volontairement ou non, mais elle se bat pour eux quand même, elle est la mère.
Mais que peut-elle contre la guerre, cette saleté de boucherie qui oblige son fils à devenir un meurtrier parmi les assassins? Qui oblige un marocain à quitter ses troupeaux de mouton pour venir s'enterrer dans les tranchées d'un pays qu'on lui dit être le sien, mais qu'il ne connaît pas? Qui reconnaît le courage des assassins, quand les honnêtes gens peuvent être méprisés comme lâches, simplement parce que cela ne leur dit rien d'aller tuer leur prochain?
Alors, très vite, Grand cap devient un drame. Même pour Ollivier, le plus jeune des enfants. Il est trop jeune pour la guerre. Mais comment grandir, quand on n'a plus de modèle? Elle fait ce quelle peut, Arnaude. Mais enfin, elle ne peut pas accomplir des miracles.
Alors ce roman est aussi celui d'Ollivier, qui va découvrir la vie comme il le peut.
Et on sait que la vie peut n'être pas tendre.