« Cette question, à vrai dire très simple, est devenue, aussi bien dans les milieux bourgeois que dans les milieux prolétariens, l'objet de multiples discussions. Mais il est devenu de bon ton scientifique de tourner en ridicule toute profession de foi de marxisme orthodoxe. [...] Le marxisme orthodoxe ne signifie donc pas une adhésion sans critique aux résultats de la recherche de Marx, ne signifie pas une « foi » en une thèse ou en une autre, ni l'exégèse d'un livre « sacré ». L'orthodoxie en matière de marxisme se réfère bien au contraire et exclusivement à la méthode. Elle implique la conviction scientifique qu'avec le marxisme dialectique a été trouvée la méthode de recherche juste, que cette méthode ne peut être développée, perfectionnée et approfondie que dans le sens de ses fondateurs ; mais que toutes les tentatives pour la dépasser ou l' « améliorer » n'ont conduit qu'à la trivialiser, en faire un éclectisme - et devaient nécessairement conduire à cela. »


« Ce n'est pas la prédominance des motifs économiques dans l'explication de l'histoire qui distingue de façon décisive le marxisme de la science bourgeoise, c'est le point de vue de la totalité. La catégorie de la totalité, la domination, déterminante et dans tous les domaines, du tout sur les parties, constitue l'essence de la méthode que Marx a empruntée à Hegel et qu'il a transformée de manière originale pour en faire le fondement d'une science entièrement nouvelle. [...] Le règne de la catégorie de la totalité est le porteur du principe révolutionnaire dans la science. »



« L'essence de la structure marchande a déjà été souvent soulignée ; elle repose sur le fait qu'un rapport, une relation entre personnes prend le caractère d'une chose et, de cette façon, d'une « objectivité illusoire » qui, par son système de lois propre, rigoureux, entièrement clos et rationnel en apparence, dissimule toute trace de son essence fondamentale - la relation entre hommes. Combien cette problématique est devenue centrale pour la théorie économique elle-même, quelles conséquences l'abandon de ce point de départ méthodologique a entraînées pour les conceptions économiques du marxisme vulgaire, c'est ce qui ne sera pas étudié ici. »



« Par la subordination de l'homme à la machine, dit Marx, surgit un état tel que les hommes s'effacent devant le travail, que le balancier de la pendule est devenu la mesure exacte de l'activité relative de deux ouvriers, comme il l'est de la célérité de deux locomotives. Alors, il ne faut pas dire qu'une heure [de travail] d'un homme vaut une heure d'un autre homme, mais plutôt qu'un homme d'une heure vaut un autre homme d'une heure. Le temps est tout, l'homme n'est plus rien ; il est tout au plus la carcasse du temps. Il n'y est plus question de la qualité. La quantité seule décide de tout : heure par heure, journée par journée. Le temps perd ainsi son caractère qualitatif, changeant, fluide : il se fige en un continuum exactement délimité, quantitativement mesurable, rempli de « choses » quantitativement mesurables. »


« Il ne s'agit pas de ce que tel ou tel prolétaire ou même le prolétariat entier se représente à un moment comme le but. Il s'agit de ce qu'est le prolétariat et de ce que, conformément à son être, il sera historiquement contraint de faire. (..) Cette conscience n'est donc ni la somme ni la moyenne de ce que les individus qui forment la classe, pris un par un, pensent, ressentent, etc. Et cependant l'action historiquement décisive de la classe comme totalité est déterminée, en dernière analyse, par cette conscience et non par la pensée, etc., de l'individu ; cette action ne peut être connue qu'à partir de cette conscience. »


« C'est seulement avec l'entrée en scène du prolétariat que la connaissance de la réalité sociale trouve son achèvement : avec le point de vue de classe du prolétariat, un point est trouvé à partir duquel la totalité de la société devient visible. [...] L'unité de la théorie et de la praxis n'est donc que l'autre face de la situation sociale et historique du prolétariat ; du point de vue du prolétariat, connaissance de soi-même et connaissance de la totalité coïncident, il est en même temps sujet et objet de sa propre connaissance. »




« Dans ce processus, que le parti ne peut ni provoquer ni éviter, lui échoit donc le rôle élevé d'être le porteur de la conscience de classe du prolétariat, la conscience de sa mission historique. [...] Si le parti a pour préoccupation « que dans chaque phase et dans chaque moment de la lutte la somme totale de la puissance présente et déjà dégagée, active, du prolétariat se réalise et s'exprime dans la position de combat du parti », [...] alors le parti transforme, au moment aigu de la révolution, son caractère d'exigence en réalité agissante. La connaissance devient action, la théorie devient mot d'ordre, la masse agissant suivant les mots d'ordre s'incorpore toujours plus fortement, consciemment et stablement dans les rangs de l'avant-garde organisée. »


« L'organisation est la forme de la médiation entre la théorie et la pratique. Et comme dans tout rapport dialectique, ici aussi, les membres de la relation dialectique n'acquièrent concrétion et réalité que dans et par leur médiation. [...] L'enjeu de la lutte du parti communiste, c'est la conscience de classe du prolétariat. Sa séparation organisationnelle d'avec la classe ne signifie pas, dans ce cas, qu'il voudrait combattre à la place de la classe, pour les intérêts de la classe (comme l'ont fait par exemple les blanquistes). S'il le fait quand même, ce qui peut arriver au cours de la révolution, ce n'est pas d'abord au nom des buts objectifs de la lutte en question (qui de toute façon ne peuvent à la longue être atteints et sauvegardés que par la classe elle-même), mais pour faire avancer et accélérer le processus d'évolution de la conscience de classe. Car, le processus de la révolution est, à l'échelle historique, synonyme du processus d'évolution de la conscience de classe prolétarienne. L'autonomie organisationnelle du parti communiste est nécessaire pour que le prolétariat puisse apercevoir immédiatement sa propre conscience de classe comme figure historique ; pour que, dans tout événement de la vie quotidienne, apparaisse clairement et de façon compréhensible à tout ouvrier la prise de position qu'exige l'intérêt de l'ensemble de la classe ; pour que toute la classe élève à la conscience sa propre existence en tant que classe. [...] L'autonomie de l'organisation n'a pas de sens et la fait retomber au niveau de la secte si elle n'implique pas en même temps une continuelle prise en considération tactique du niveau de conscience des masses les plus larges et les plus arriérées. Ici la fonction de la théorie correcte quant au problème de l'organisation du parti communiste devient visible. Elle doit représenter la possibilité objective la plus haute d'action prolétarienne. [...] C'est précisément le caractère éminemment pratique de l'organisation communiste, son essence de parti de lutte, qui suppose d'une part la théorie correcte, puisque autrement les conséquences d'une théorie fausse le mèneraient très vite à l'échec ; et, d'autre part, cette forme d'organisation produit et reproduit la compréhension théorique correcte, en intensifiant consciemment sur le plan de l'organisation la sensibilité de la forme d'organisation envers les conséquences d'une attitude théorique. La capacité d'action et la capacité à se critiquer soi-même, à se corriger soi-même, à se développer toujours théoriquement, se trouvent donc dans une interaction indissoluble. [...] Le parti communiste est — dans l'intérêt de la révolution — une figure autonome de la conscience de classe prolétarienne. Il s'agit de le comprendre de façon théorique correcte dans cette double relation dialectique : à la fois en tant que figure de cette conscience et en tant que figure de cette conscience, autrement dit à la fois dans son autonomie et dans sa coordination. »



« Le saut semble donc se dissoudre intégralement dans le processus. Le « règne de la liberté » n'est pourtant pas un cadeau que l'humanité souffrant sous le joug de la nécessité reçoit comme récompense... Ce n'est seulement le but, mais aussi le moyen et l'arme de la lutte. Et c'est ici qu'on voit la nouveauté fondamentale et qualitative de la situation : c'est la première fois que l'humanité - par la conscience de classe du prolétariat appelé à la domination - prend consciemment l'histoire en ses propres mains. La « nécessité » du processus économique objectif n'en est pas pour autant supprimée, mais elle reçoit une fonction différente, nouvelle. »


Alexeis
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le 8 févr. 2026

Modifiée

le 27 avr. 2026

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Alexis

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