Tout est au ralenti dans Histoires de la nuit. Les actes mais aussi les pensées des différents personnages, leurs sentiments dans la situation de crise qui constitue le cœur du dernier roman de Laurent Mauvignier. L'intrigue, en elle-même, pourrait se résumer en quelques phrases avec un lieu unique, un hameau de trois maisons, où débarquent un soir trois individus vraisemblablement malintentionnés. Pas de quoi grimper aux rideaux pour ce récit classique de vengeance confite qui fait resurgir le passé comme un fantôme encombrant. L'histoire n'est qu'un prétexte, Mauvignier cherche avant tout à sonder les cœurs et les âmes, nous immisçant dans la psychologie de ses protagonistes, au plus intime, dévoilant même ce que ces derniers ne sauraient analyser. Cela pourrait être passionnant, et cela l'est pour beaucoup de lecteurs, mais c'est une littérature qui ne laisse aucune latitude, qui emprisonne et prend en otage, sans que les lecteurs, toujours eux, toujours nous, n'aient droit à la part de mystère et de non-dits qui font le prix et la saveur des romans qui n'imposent rien et suggèrent beaucoup. Ici, on a l'impression que les personnages en ont assez d'être décortiqués dans leur moi profond et qu'ils protesteraient, s'ils en avaient la possibilité, pour pouvoir un peu respirer, sans être charcutés par un médecin-légiste fait écrivain. Il n'en est pas question pour Laurent Mauvignier, adepte de la combustion lente, qui se mire dans des phrases longues comme un jour sans pain, faisant admirer son style, en oubliant au passage qu'il ne cesse de ressasser et de rejouer à l'infini les mêmes scènes. Grande littérature ou ensemble laborieux, redondant et présomptueux, chacun jugera en son âme et conscience et sa sensibilité de lecteur (oui, toujours). Parmi les acteurs du drame qui couve, l'auteur utilise une fillette qui a nécessairement à nos yeux le rôle de l'innocente et ce procédé est déloyal, pour ne pas dire davantage. Passons sur la caractérisation des hommes (deux salauds et deux benêts) et sur celle des femmes (victimes de ces derniers mais aussi réactives et déterminées) qui a tout du projet programmatique, bien dans l'air du temps. Tout se termine par des scènes violentes et grand-guignolesques dont on appréciera la crédibilité. Moyennant quoi, Mauvignier laisse ses personnages à leur sort, après un dénouement censé marquer les esprits. Pauvres d'eux, les abandonner après un tel traumatisme (on pense toujours à la fillette), c'est de l'irresponsabilité pure !

Cinephile-doux
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le 25 nov. 2020

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