Houris, c'est le nom que l'on donne aux femmes superbes promises aux bons croyants males dans le Coran. C'est par extension le nom de toutes les femmes passées et à venir...Toutes celles qu'on musèle, qu'on interdit de vivre libre .
Réchappée miraculeusement d'un égorgement, pendant les massacres qui eurent lieu en Algérie dans les années noires 1990-2000, la narratrice qui porte les séquelles de sa "mort" interrompue sur la gorge, est quasi muette...C'est donc dans un long monologue intérieur adressé à l'enfant qu'elle attend et dont elle n'a pas encore décidé s'il était bon de le laisser venir au monde,qu'elle nous raconte les souvenirs qui l'assaillent en permanence, sa vie de paria et dresse un portrait sans complaisance de cette Algérie régie par la mauvaise conscience, la brimade des femmes et l'oubli collectif obligé de ses horreurs.. Histoire, lourde, terrifiante qui fait frissonner d'effroi et d'admiration pour l'auteur qui prend le risque de parler ainsi de ce qui est condamné de peine de prison dans son pays. Ce livre passionnant souffre un peu de la répétition des récits convergents de plusieurs personnages mais ce martèlement de l'horreur est une technique voulue par l'auteur comme un acte de résistance contre l'OUBLI...
Le style imagé et poétique de Kamel Daoud met de la beauté là ou saigne la douleur et s'effiloche tout espoir . Un très grand livre.