Houris
5.9
Houris

livre de Kamel Daoud (2024)

Kamel Daoud qui oublie sa pilule du lendemain

Au risque de passer pour un sociopathe occidental autocentré, c’est pour son registre burlesque que je retiendrai Houris.

Certes, le texte est incroyablement prenant à plusieurs égards. Traumatisant et apaisant tour à tour, il repose sur une tension perceptible dès les premières pages. D’une part, difficile de rester insensible à la prose poétique, élégiaque et souvent quasi-mystique, bien qu’anticléricale, de la narratrice muette. De l’autre, la violence de l’énonciation d’une mère à son fœtus condamné, ou des récits en incise d’altérités incomprises ou détestées - Aïssa, la terroriste, l’imam - ne laissent personne indemne.

Mais dans le même temps, on se demande régulièrement si ce que l’on tient entre les mains n’est pas une farce. L’atmosphère quasi-fantastique de l’épopée et le style parfois homérique (sur les dénominations des personnages et notamment du fœtus, le motif du retour chez soi après la guerre) en sont un premier signe. Mais c’est surtout la verbalisation explicite de la morale qui se montre frustrante de lourdeur et qui dénote avec le dénuement de l’énonciation. De même que le retour d’Aube à sa situation initiale, sur la plage, flanquée des nouveaux compagnons qu’elle se sera faite via ses péripéties, est exaspérante de candeur.

Si bien qu’on a l’impression d’un dénouement trop facile, comme si l’auteur se constituait son propre article 46 et passait sous silence l’objet même des 400 pages qui précèdent. Face à la supercherie structurale, la seule transcendance provient de l’énonciation : paradoxalement, cette œuvre qui devait être une adresse intra-utérine continue d’exister au-delà de la grossesse. Les effets de la lutte du personnage principal ne sont donc sans doute pas textuels, mais plutôt démiurgiques : l’auteur livre son œuvre au public, et, par son existence, y aura fait éclater (récompense à l’appui) la voix qu’Aube n’a pas trouvée dans son pays.

Sans compter sur un personnage girlboss, tatouages trendy, prénom sorti d’un collège des Yvelines et issu d’une minorité -> +1 pour culminer à 7/10

nelbru
7
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le 13 nov. 2025

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nelbru

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