La fascination de Ballard pour l'architecture, mais surtout pour la figure de l'architecte, ne date pas de ce livre, et c'est certainement un des éléments qui m'interesse le plus dans ses fictions; on en trouve toujours un planqué dans ses nouvelles, et il y a bien sur l'architecte délirant de "sécheresse".
En fait, ce qui intrigue Ballard, c'est l'illusion d'une possible civilisation de l'homme par la forme construite. Lui qui a vécu l'inhumanité la plus violente dans son enfance- lui et ses parents on été déportés de Shangai par les Japonais dans des camps de travail- n'a plus jamais pu croire à l'immuable stabilité du corps social. Il voudrait y croire, comme tous le monde, mais il pressent toujours la réemmergence du "ça" comme disent les psychanalistes.
Dans le cas présent, un gratte ciel d'habitation parfait, un reve à la "team 10", incluant des espaces publics (qui font fortement penser au travail architectural des Smithons), accueille ses habitants enfin au complet; 1000 foyer, ou plutot un foisonnement d'individus, à la fois collectivement habrités et physiquement isolés, cohabitent dans cet artefact géant, cet habitat assisté par la machine.
Piscines, clim, super marchés intérieurs, sani broyeur, tout le confort mécanisé moderne. Evidemment, dès que la machine grippe, rien ne va plus, et un nouvel ordre social s'installe, évolue vers les guerres tribales, puis la sauvagerie, le canibalisme...tout cela n'étant bien sur perçu ni par l'auteur, ni par les protagonistes principaux, comme une régression, mais comme une libération du réprimé vers le réel. Le monde virtuellement parfait du gratte ciel permet en fait l'émergence de l'inconscient dans le réel...
Une des fables philosophiques de Ballard les plus abouties à mon sens.
suitaloon
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le 3 sept. 2011

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