Ce qui est frappant avec ce texte emblématique de la culture occidentale, c'est sa concentration. Il ne raconte pas toute la guerre de Troie, mais quelques semaines seulement de la colère d'Achille. Et pourtant, à partir de ce fragment, Homère déploie un monde entier.
L'honneur, la gloire, la violence du combat, mais aussi la fragilité humaine face au destin et aux dieux.
Tout est déjà là...
Et les dieux eux-mêmes ne sont pas des abstractions : ils s'énervent, complotent, prennent parti avec fougue et passion.
La meilleure traduction, selon moi, est celle de Victor Bérard. Celle qui a marqué durablement la réception de l'oeuvre en France. Très littéraire, écrite dans un style fluide, elle cherche à restituer une forme de rythme narratif proche de l'oralité du texte grec. Et ce n'est pas pour rien si des générations de lycéens ont étudié Homère à travers lui.
On peut trouver l'Iliade "longue", mais elle comporte une forme de tension continue. Ce n'est pas juste une accumulation d'événements, c'est une spirale dramatique autour de la colère, de l'honneur blessé et de la mort toujours imminente. Cette économie narrative, très ancienne (presque austère), donne paradoxalement une intensité assez moderne.
L'Iliade est aussi une réflexion implicite sur la valeur de la vie humaine. Par exemple, Hector est la figure la plus tragique du poème, parce qu'il sait très bien ce qu'il va perdre.
Enfin, pour ajouter une petite note légère, si l'on devait résumer l'Iliade de manière un peu irrévérencieuse, on pourrait dire que c'est "des gens très puissants qui se fâchent très fort pendant très longtemps... avec intervention régulière de leurs parents divins un peu toxiques."