Le jeune curé d'Ambricourt va devoir s'acquitter des tâches qui incombent à sa fonction. Que peut-on dire hormis le fait que ce ne soit pas une sinécure. L'office du prêtre, si on la pensait réduite au récital biblique, apparaît éminemment complexe lorsque celle-ci se mêle à l'examen de conscience de l'homme qui l'administre.
Journal d'un curé de campagne est une œuvre qui présente une pesanteur, autant dans sa thématique qu'à travers le style de Bernanos. Pour notre curé, la forme du journal permet une intermédiation bien différente du dialogue avec Dieu. Il autorise un examen en profondeur de ses motivations et ses œuvres.
Ce texte est le milieu d'une méditation envers une société et son peuple, son évolution. Bernanos fait l'état des lieux des promesses fallacieuses de la bourgeoisie, de l'inertie paysanne et de l'ivresse des hommes qui se pensent libres. Le journal est le lieu d'un recueil de données sur une société qui se donne les moyens pour anéantir la pauvreté dans un rapport téléologique. Néanmoins, ce dessein représente une attaque contre un christianisme pur, car la pauvreté est le vaisseau du Christ. En ce sens, Bernanos nous invite à nous méfier de la pitié "c'est une bête". Il nous offre une leçon sur l'espace sémantique qu'appelle la notion de pauvreté : l'unique dimension pour une ascèse et atteindre la paix de l'âme.
Ce journal invite dans le même temps, respectueusement, à nous méfier "des jugements absolus" administrés par l'organe politique chrétien. La chose politique ne se synergise pas bien aux activités de l'esprit. Enfin, la plus grande leçon de cette œuvre, c'est bien sûr que nous sommes seuls face l'angoisse de la mort. Même un prêtre est exposé à la tourmente, même s'il est armé de sa foi et de son espérance. Ayez pitié de nous.