“On va faire un beau film”. Fabrice Caro semble s’y croire ou du moins vouloir son "beau film" pendant toute l’écriture du livre et du scénario. Mais au bout d’un moment, il a oublié d'en écrire un bon livre. On a du mal, en tant que lecteur, à savoir si son personnage Boris est un scénariste aguerri ou s'il en est à sa première œuvre, tellement les brefs passages de son scénario font mal aux yeux à la lecture. Presque comiques dans les phrases lyriques d’Ariel et de Marianne, ces extraits s'enfoncent rapidement dans le jeu de la lourdeur et de la caricature du cinéma. Le producteur devient le dynamiteur du projet, l’amante se transforme en prof de cinéma, l’élitisme critique devient universitaire, Yann (son ami) est la source d’inspiration et Boris lui-même, le scénariste victime, hanté par son échec. S'ensuit un condensé de clichés.
Ami
T’es pas un peu cliché en disant tout ça
critique
Mais non tu verras, c’est ça le principe de critique, de dégommer des livres, des films et tout l’art de manière générale, sinon on sert à quoi?
Le critique regarde vers le ciel et pense, il murmure
Critique
Mais pourquoi dire tant de mot vide, rester immobile face à la vie, “naviguer à vue commence à m’épuiser, je crois que j’ai plus l’âge…”
il reprend l’écriture:
L’amorce de la fiction (le scénario) sur le réel, au départ, donne un contraste à la fois comique et intrigant. Le personnage découvre un bonheur dans la rencontre d’Aurélie, mais tout reste perfusé par son scénario. Le corps de celui-ci devient ce qui le rattache à l’extérieur : Yann avec son fils graphiste, Aurélie avec la réussite de ce futur classique du cinéma, les producteurs dans l’attente d’une poule aux œufs d’or. Se glissent entre les lignes de ce vampire protéiforme les pensées invasives de Boris : angoisses, bonheur, questionnements et j’en passe. Le schéma se répète souvent, voire tout le temps. Le journal étant de forme intime, il ne dépassera pas ce stade, en effet, mais l'attente de l’échec se fait courte, tellement courte qu’au bout d’un moment la tragédie en devient lassante. Les citations et les références cinématographiques disparaissent au profit de plaintes et de colère envers le système du cinéma, les producteurs se goinfrant de champagne ou de bons repas pendant les réunions mensongères (faisant toujours miroiter au scénariste une liberté inexistante).
rédacteur en chef
Si tu continues à écrire des choses comme ça, on va rien vendre, tu le sais donc tu vas de suite me faire une critique plus en subtilité, et en remarques positives
le critique reçoit un message
j’ai hâte de lire ta critique et ton talent d’écrivain. il était horrible ce livre, que la force de d’Aragon et de Barthes soit avec toi.
Critique (voix off)
“Rien de rien. Vidé. A peine la force de me lever de mon canapé pour venir écrire… Je n’ai plus la moindre énergie, ce rendez-vous m'a purgé de ma sève, je suis un morceau de bois flotté qui orne le salon spacieux. Ma critique a été réduite à néant…”
le critique reprend l’écriture
Caro dépeint par son écriture tout en finesse (avec des métaphores toujours subtiles de l’état psychologique de son personnage) le protagoniste et sa progression. Car oui, le personnage progresse sur un chemin sinueux vers la réalité. Tout l’intérêt est là, non ? Voir l’envers du décor. Caro nous déploie pour ça une succession de saynètes qui ne dépassent généralement pas une page, ce qui est parfait pour ne pas s’ennuyer, ça c’est sûr. L’approfondissement du personnage comme des situations comiques, la plupart du temps artificiels (par les rendez-vous ou les mails), laisse de marbre… euh pardon, tout en fous rires. Et Fabrice Caro ne fait qu’accumuler ces procédés comiques regrettables dans sa narration pour en arriver à la fin. Car peu à peu, la double intrigue (celle du scénario et de la relation amoureuse avec Aurélie) avance malgré qu'elle ne repose que sur le mensonge. Comme attendu, le récit ne se construisant exclusivement sur l’attente de la révélation (à Aurélie sur son scénario) la chute n'est qu'une déception attendue depuis déjà 100 imbriquée encore une fois dans une saynète bien artificielle.
Rédacteur en chef
“C’est quoi ça?”
Critique
Euhhhh, désolé… c’est ça ma critique
Rédacteur en chef
“tout ce temps tu t’es moqué de moi?”
Le rédacteur en chef part en colère
Critique (voix off)
J’ai fui la conversation dans le silence, je ne l’ai pas rattrapé…
À force de répéter la naïveté créatrice, on s’attache ou pas à ce petit scénariste, émotif à la moindre déconvenue. Mais on regrettera toujours d’avoir cité de si grands cinéastes pour les placer dans un écrit si banal et sans grande envolée formelle.