J’ai longtemps pensé que je faisais des reportages.
Avec le recul, je crois surtout que je collectionnais des gens fatigués dans des endroits un peu absurdes.
J’écris comme j’ai travaillé : sans vraiment croire aux versions officielles. Ce qui m’intéresse, ce sont les moments où le réel commence discrètement à se dérégler. Une phrase de trop. Un silence bizarre.
Comme écrivain, je suis sans doute plus à l’aise avec les types qui ratent leur vie calmement qu’avec les héros. Mes personnages parlent beaucoup, comprennent tard, tournent en boucle, et essaient souvent de garder un peu de dignité au milieu d’un monde devenu légèrement ridicule.
Je viens du journalisme, ce qui explique probablement mon goût pour les détails inutiles et les gens convaincus que tout est encore sous contrôle alors que plus rien ne tient vraiment debout.
J’aime les récits où l’on hésite entre rire et malaise.
Les histoires qui ressemblent à des souvenirs mal rangés.
Les personnages qui continuent d’avancer uniquement parce qu’il est trop tard pour faire demi-tour.
Et au fond, j’écris peut-être toujours la même chose :
des gens qui regardent le monde se fissurer en essayant de rester professionnels.