L'amour sous algorithme est présenté (ou plutôt vendu) comme un livre narrant l'enquête d'une journaliste, Judith Duportail, sur les fonctionnements de Tinder, ses algorithmes, et sa mystérieuse "note de désirabilité", une sorte de note invisible donnée à chaque utilisateur et qui servirait à comparer à quel point on est "désirables" selon l'application (autrement dit, à quel point on swipe du bon côté sur notre profil).
Cette note de désirabilité, et toute l'enquête de Madame Duportail de façon générale, sont super intéressantes et pertinentes. A cet égard, le livre est instructif, et on découvre bel et bien certaines arcanes du leader des sites de rencontres aujourd'hui. Mais les analyses et découvertes ne sont qu'une partie du livre, entremêlée à une sorte de biographie autour de la vie de Judith, et la façon dont elle a évolué avec Tinder. Elle parle de certaines rencontres qui l'ont marqué, de son état d'esprit lorsqu'elle parcourt l'application, et de la façon dont elle a fini par prendre de plus en plus de place dans son quotidien. J'ai trouvé cette dimension plutôt originale et digne d'intérêt, mais le revers de la médaille, c'est qu'en voulant faire de ce livre une enquête et une biographie partielle en même temps, aucun des deux n'est réellement développé à son plein potentiel.
L'enquête, bien que passionnante, ne va pas jusqu'au bout de ses promesses (est-ce que cette "note de désirabilité" joue bien sur les rencontres qu'on fait? Y a-t-il d'autres algorithmes en jeu? L'algorithme est-il fiable, ou bien peut-on en jouer? Plus généralement, où se trouve l'information censée faire "Trembler tinder" comme on peut le lire en quatrième de couverture, sachant que la majorité de l'enquête de Judith a utilisé des éléments accessibles au public?), et la biographie, fort intéressante, ne délivre qu'une partie des leçons à retenir de cette expérience alors qu'une critique de l'impact sociétal de Tinder nous tendait les bras.
En conclusion, je pense que c'est un livre qui vaut la peine d'être lu, mais pour lequel il ne faut pas placer trop d'attentes non plus.