« L’Ane Rouge » (1932) est le 15e roman (sur 192), écrit à 29 ans, à Marsilly (Charente-Maritime), par Georges Simenon (1903-1989). C’est le 2e de ses « romans durs » (sur 117, c’est-à-dire sans Maigret, héros de 75 romans). Etonnement, il n’a pas fait l’objet d’adaptations, ni au cinéma, ni à la télévision. Ce roman dur est assez singulier car il mêle les rapports père-fils [ultérieurement développés dans « Le fils » (1957) où Alain Lefrançois écrit une longue lettre à son fils de 16 ans], et l’aliénation de Jean Cholet, 19 ans, journaliste à « La Gazette de Nantes », dont la fréquentation du cabaret « L’Ane Rouge » (l’enseigne est un âne qui montre les dents et rue des 4 pattes) lui donne l’illusion d’être quelqu’un, parmi les médiocres. Il y est choqué et attiré par l’ambiance, « éprouvant un plaisir trouble comme celui qu’on se procure en tripotant une dent malade ». Sans oublier l’alcoolisme, thème récurrent chez Simenon [« Le fond de la bouteille » (1949), « Antoine et Julie » (1953)]. L’ambiance du cabaret est tout autre de celle de « Strip-tease » (1957) qui se déroule à Cannes. L’état d’esprit de Jean [égoïste, menteur, gaspillant son argent, sans empathie pour son amie chanteuse, Lulu d’Artois et sa mère (catholique et qui s’inquiète pour lui)] rappelle un peu celle de Joseph Timar au Gabon dans « Le coup de lune » (1933), et, en moins odieux, Frank Friedmaier de « La neige était sale » (1948).