À moitié autofiction et à moitié roman, aux dires mêmes de l'auteur, L'anniversaire décrit avec une précision redoutable et suffocante l'enfer d'une cellule (c'est le cas de le dire) familiale. C'est le fils qui raconte, victime du tyran domestique qu'était son père, mais aussi complice malgré lui et plein de remords pour n'avoir pas pu ou su se libérer de cette emprise avant ses quarante ans. Mais c'est surtout le sort de la mère qui glace le sang. Comment cette femme a finalement renoncé à toute existence, face au pouvoir de l'homme de sa vie, celui-là même qui ose "pardonner" ses propres accès de violence. Mais c'est celle qu'il exerce, du point de vue psychologique, sur sa maisonnée, qui sidère et épouvante. Son épouse devient une bougie qui s'éteint peu à peu, à jamais perdue dans un désert émotionnel. Son fils se rebelle sur le tard, mais égoïstement, et à distance, tandis que sa sœur a pris très tôt la tangente. Le livre d'Andrea Bajani n'est pas une lecture agréable, elle possède aussi ses non-dits et l'on ignore, à part pour le narrateur, ce que les autres membres de la famille sont aujourd'hui devenus. Aussi cathartique soit-elle pour son auteur, l'histoire nous enferme dans un cercle vicieux presque inextricable, dont la seule issue est la fuite, sans se retourner. Laquelle demande autant de courage que de lâcheté, en définitive.