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Littérature
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« “L’art est de la pensée au moyen d’images.” Cette phrase qu’on peut entendre dans la bouche d’un lycéen est aussi le point de départ du savant philologue qui entreprend une construction quelconque en théorie littéraire » (p. 7) : les premières lignes de L’Art comme procédé situent le niveau général de ses quarante pages : si un lycéen ordinaire peut tenir de tels propos, alors je suis une licorne. Du reste, Victor Chklovski nuancera un peu plus tard la thèse qui ouvre son article : « la poésie est beaucoup plus remémoration d’images que pensée au moyen d’images » (p. 11, j’oubliais de dire qu’il s’agit de la tradition de Régis Gayraud publiée par les éditions Allia).
L’« art » privilégié ici par Chklovski, c’est la littérature. Il se réfère notamment à Léon Tolstoï, pour sa nouvelle « Kholstomer » – mais aussi à d’autres écrivains dont les noms n’ont pas traversé le temps / et ou les frontières. (À cet égard, les notes de l’éditeur, toutes laconiques qu’elles puissent être, ne sont pas inutiles.) La notion centrale de L’Art comme procédé, c’est « le procédé “d’étrangisation” des objets, un procédé qui consiste à compliquer la forme, qui accroît la difficulté et la durée de la perception, car en art, le processus perceptif est une fin en soi et doit être prolongé : l’art est un moyen de revivre la réalisation de l’objet, ce qui a été réalisé n’importe pas en art. » (p. 23-24).
La citation qui précède donne donc une idée du niveau de l’article : on n’est pas chez un auteur tiré à 150 000 qui explique comment écrire un mélo ou un thriller qui tiennent la route ! Du reste, la distance – et les notes – aidant, on se dit que le texte de Chklovski témoigne d’une certain bouillonnement théorique, et il semble que les discussions esthétiques dans le Moscou et le Saint-Pétersbourg des années 1910 et 1920 aient été aussi incontournables que les concours de Pogs dans les cours de récréation d’école primaire françaises au milieu des années 1990…
Du reste, comme dans Technique du métier d’écrivain, Chklovski s’ancre dans une tradition de réalisme, non pas seulement au sens du genre ou du courant réalistes, mais dans le sens où il accorde une grande importance à l’acuité du regard : « Le but de l’art est de délivrer une sensation de l’objet, comme vision et non pas comme identification de quelque chose de déjà connu » (p. 23). C’est cette acuité qui fait la différence entre la bonne littérature et le reste. Et là, il peut s’appuyer sur « Kholstomer », le récit de Tolstoï dont le narrateur est un cheval – pourtant, dans ce sens, récit réaliste.
Évidemment, je n’ai sans aucun doute saisi qu’une petite partie des enjeux posés par L’Art comme procédé, et un spécialiste proposerait un avis beaucoup plus éclairé que le mien. En attendant, Chklovski reste tout à fait lisible, et même intéressant, pour des amateurs comme nous.
Créée
le 5 mai 2026
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