Certaines personnes possèdent le Talent, une terrible capacité permettant de prendre le contrôle d’un humain et de le manipuler comme une marionnette. Saul Laski en a fait l’horrible expérience dans un camp de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale. Des décennies plus tard et bien décidé à retrouver ses bourreaux nazis, une série de meurtres étranges attirent son attention.
Dan Simmons s’est d’abord illustré avec le roman de science-fiction Hypérion, mais c’est bien l’horreur qui l’inspire, et ce, dès son premier livre, Le Chant de Kali. La brutalité et le sadisme, déjà présent dans le diptyque d’Hypérion, se retrouvent à chaque page de l’Échiquier du Mal.
L’idée n’est pas follement originale, mais elle est horriblement utilisée dans cette histoire. Ceux qui sont dotés du Talent sont tous, invariablement, des psychopathes. Dès lors, et ne connaissant aucune limite, ces enfants fous s’amusent à arracher les ailes des humains en rivalisant de sadisme. Dan Simmons se délecte visiblement de décrire de manière clinique les sévices et les émotions qu’elles génèrent tant chez les bourreaux que chez les victimes. C’est glaçant.
Mais attention, l’œuvre est tout de même de qualité ! L’auteur réussit à développer un suspens haletant au fur et à mesure que son héros, le vieux Saul Laski, progresse dans son enquête. Car comment vaincre des êtres qui, d’une pensée, commandent n’importe qui ? Dan Simmons étudie méthodiquement le mécanisme de ce pouvoir, détaille les règles psychologiques de son monde et s’amuse avec.
Il est curieux de noter le manichéisme tranché de ce roman et posé dès le début par le héros juif rescapé des camps contre ses adversaires nazis. Ces étiquettes, nullement nécessaires, renvoient les porteurs du Talent au rang de bêtes à abattre. C’est plutôt étrange, car leurs actes seuls suffisaient à les rendre monstrueux. Un autre point étonnant est les références répétées à l’homosexualité, notamment dans une scène de sexe. Les héros de l’histoire sont juif et afro-américaine ainsi qu’hétérosexuels. Les méchants sont tous blancs, homosexuel ou obsédé. Je serais en cours de français, je dirais que l’auteur résume très bien ses peurs. En cours de psycho, j’ajouterais que puisqu’il n’est ni afro-américain ni juif, ses craintes sont dirigées essentiellement contre lui-même. Je dis ça, je ne suis pas en cours…
L’Échiquier du Mal est un roman dynamique, mais glaçant. Son histoire s’articule avec talent autour des échecs et est très prenante. Mais son sadisme pervers ainsi que son manichéisme sont rebutants. À lire pour se faire peur, donc.