Le premier intérêt à lire L'Empreinte du Dieu de Van Der Meersch est l'expression de la beauté de cette région qu'il sait si bien décrire : le Nord, ses plages sans fin, les côtes de Belgique, les îles des Pays Bas. Pour connaître assez bien ces régions, je peux dire que l'auteur sait parfaitement retranscrire l'ambiance sauvage, la nature farouche, le vent battant une mer puissante où l'homme apparaît petit. Les descriptions sont magnifiques et je plains notre société de l'image qui a de plus en plus de mal à les transcrire en mots, habituée qu'elle est à une certaine passivité, peu capable d'appréhender un réel qu'elle a du mal à exprimer ( c'est très net chez les jeunes et quand on lit les romans qui s'adressent à des lecteurs moyens ou peu entraînés.)


« Cette mer rude, ce ciel plus âpre, à l'approche du soir, avaient quelque chose de triste. Elle regardait, au pied de la digue plantée d'une triple rangée de courts pilotis hérissés, les longues et lourdes lames grises, aux sauvages crinière blanches, déferler comme des blocs de glace, y cracher une écume mousseuse, y creuser des cavernes, avec de sourdes et lointaines détonations. La glace craquait, par place, se brisait comme un bois sec qui casse, ou bien s'écrasait, bloc contre bloc avec de sinistres gémissements. Et la mer, un instant, se retirait, jusqu'au prochain assaut, laissait à nu ce hérissement de dents blanches et fracassées, qui gardaient encore, comme la laine arrachée d'une toison, des lambeaux d'algues vertes et des flocons d'écume. »


Citant souvent Breughel, Rembrandt, Rubens ou Van Dyck, l'auteur semble vouloir les égaler tout en érigeant dans ses descriptions une dimension sonore incontournable dans ces régions habitées par la mer.


L'histoire d'une jeune paysanne, Karelina, mal mariée à une brute épaisse et sauvée un temps par son oncle écrivain, citadin raffiné amoureux d'Anvers, se mêle intimement à la rudesse et à la beauté des éléments ;les contrastes violents de la région flamande faisant écho à la violence des personnages. Le mari de Karelina, Gomar T’Joens a des airs de Heatcliff, sombre suppôt du mal en plus brutal et primitif. Sa dernière nuit sur une plage perdue n'a rien à envier aux errances dans les landes anglaises du héros d'Emily Brontë. La beauté et la pureté sont aussi sacrifiées mais sans passion partagée, Van Der Meersch étant plus mélancolique.


Un drame du Nord qui a reçu le prix Goncourt en 1936 à (re)découvrir !

jaklin
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le 9 mars 2026

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