L’auteur du si brillant Sinouhé l’Égyptien a pondu un autre pavé sur le monde antique : il concerne ici les Étrusques (les ancêtres des Romains et premiers Italiens si j’ose dire) et notamment un Étrusque en particulier, un dénommé Turms, étrusque à l’insu de son plein gré puisque le livre commence en Ionie (Turquie actuelle) puis se poursuit en Grèce.
Le personnage principal ne sait en effet rien de ses origines mais vit dans le monde grec depuis nombre d’années : c’est ce que l’on devine et subodore au fil des pages jusqu’à ce qu’il rencontre un Spartiate un brin taré et que les deux énergumènes décident de se rendre en Sicile…
Le livre baigne dans un mysticisme très premier degré, souvent déconcertant au sein duquel les dieux, déesses et autres esprits apparaissent en songe dans le crâne mou de notre héros qui s’ignore. Comme tout est écrit à la première personne, l’impression est souvent confuse tandis que les visions interviennent à intervalles plus ou moins réguliers…
De ce point de vue, L’Étrusque semble du coup moins structuré que Sinouhé et pourtant ce n’est pas vraiment le cas : s’il faut attendre la fin pour connaître certaines révélations et explications (dont la moitié sont encore mystiques ou le fruit de croyances de ces temps anciens), l’épopée et les aventures de Turms sont bien construites et bien racontées. Elles nous font toucher du doigt ce monde méditerranéen du temps de la naissance de Rome, ville encore embryonnaire, un monde dominé par les Grecs, les Phéniciens, les Carthaginois, les Étrusques et tout à l’est par les Perses…
Puis arrive Arsinoé, la femme vénale et duplice, un véritable serpent qui aura une influence durable sur le pauvre Turms, véritable andouille de son état. Arsinoé est un personnage assez énervant qu’on doit supporter pendant une grande partie du bouquin…
On ne s’ennuie pas mais le livre de Waltari connaît des baisses de rythme ici et là ; on aurait également aimé une approche plus terre-à-terre ou plus ‘objective’ du monde religieux d’alors, car on a souvent l’impression d’être dans la tête d’un fou.
Le style de l’écriture est très ‘péplum’ dans l’esprit et assez déclamatoire mais jamais au point d’en devenir lourdingue : ça se lit à notre surprise avec grande facilité. Un livre très contrasté finalement et au charme certain mais qui n’a pas le caractère épique si entraînant de Sinouhé l’Égyptien.