Le voyou qui voulait être écrivain

Il n’est jamais trop tard et voilà donc que l’on se prend à vouloir rattraper le temps perdu avec quelques auteurs français de polars bien de chez nous, histoire de changer un peu des figures imposées par la déferlante nordique ou même de nos voyages plus ou moins exotiques …
Parfois cela donne quelques nuits sans lendemains avec le décevant DOA, mais il se pourrait bien que l’on assiste ici à la naissance d’une relation durable avec sa collègue et complice : Dominique Manotti.
Une auteur réputée pour ses engagements sociopolitiques (il faut dire que c’est un peu la marque de l’école française en matière de policiers).
Avec L’évasion, Dominique Manotti nous replonge à la fin des années 80, à la fin de l’épopée des Brigades Rouges italiennes, lorsque repentis et dissociés avaient délogé les attentats à la Une des journaux.
Carlo, un ex-brigadiste des années de plomb s’évade de prison (trop facilement ?) et embarque dans sa fuite (par erreur ?) un simple et vulgaire droit commun, Filippo, un petit voyou des abords de la gare de Termini.
On vous laisse découvrir les détails du hold-up manqué qui mènera Carlo sur la touche tandis que Filippo, l’évadé malgré lui, se retrouvera à Paris au cœur du milieu intellectuel des réfugiés italiens.
Le voyou apprivoisé au parfum sulfureux se met à fréquenter le beau monde et les jolies femmes d’une intelligentsia qu’il n’imaginait même pas.
Carlo n’étant plus à ses côtés pour profiter de sa gloire d’ex-brigadiste, le petit voyou se dit qu’il ne tient qu’à lui d’enjoliver, un peu au début puis beaucoup ensuite, d’enjoliver l’histoire de sa cavale et son passé.
Consumé d’envie et de jalousie envers les arrogants réfugiés italiens qu’il fréquente désormais, il se met, au propre comme au figuré, à (ré-)écrire son histoire et un engrenage étonnant se met alors en branle.



[…] Une sacrée revanche. Devenir un écrivain. […] Mais tout au fond de
lui, sans jamais en parler à personne, il sait que c’est un rôle de
composition, un rôle usurpé.



On savoure avec plaisir la reconstitution de cette époque, l’évocation des années de plomb (on se souvient encore des carabiniers romains fouillant notre voiture …).
On découvre avec étonnement la construction soignée d’une intrigue qui entremêle un thriller politique avec une surprenante histoire de création littéraire : le process de l’écriture et la recette de fabrication d’un succès de librairie sont au cœur de ce bouquin.
Pour tout dire on oublie souvent qu’il s’agit d’un roman tant on se croit dans une histoire vraie, un quasi reportage (il faut dire que l’auteure s’est visiblement inspirée, très librement, des aventures de Cesare Battisti).



[…] Votre manuscrit. Nous sommes bien d’accord, il s’agit d’un roman.
Soyons clairs : je ne veux rien savoir de plus. Je veux pouvoir
continuer à penser et à dire que c’est un roman en toute sérénité.
Sommes-nous bien d’accord ? — Oui. C’est un roman. — Très bien. Ce que
nous aimons, dans ce roman, c’est l’apparente authenticité du récit,
le poids du vécu à toutes les pages, et je suis convaincu que la
critique nous suivra là-dessus.


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Créée

le 31 mai 2015

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Bruno Menetrier

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