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Figure majeure du courant de l’autofiction, Annie Ernaux a souvent des mots qui sonnent juste pour relater des événements d’apparence intime, qui en réalité nous offrent une fenêtre sur le vécu féminin au XXème siècle. Dans L’Evènement, c’est son avortement illégal car criminalisé à l’époque que l’autrice choisit de narrer, dans un ouvrage essentiel. Comme elle l’exprime avec justesse, la violence perpétrée et justifiée par l’interdiction de l’avortement n’a pas disparu avec sa légalisation, et la mettre en mots revient à refuser de laisser cette dimension de l’oppression patriarcale tomber dans l’oubli.
La franchise du style d'écriture sert au mieux le projet du livre : révéler les faits, donner voix à la matérialité de cette expérience humaine qui a bouleversé l'existence de l'autrice, loin de toutes les images d’Epinal sexistes. Ses mots font ressentir l’inconfort physique et émotionnel de sa situation, font s’indigner contre les réactions presque toujours décevantes des gens autour d’elle.
Par des retours fréquents à la technique de l’écriture, la lectrice ne peut se laisser emporter par “l’histoire” (qui justement n’a pas vocation à en être une, à être un fait divers provoquant la curiosité morbide et déshumanisante du lecteur) et l’autrice tisse des liens entre les oppressions systémiques infligées par les dominants : passeuses d’anges et passeurs de migrants sont mis en balance, politisant encore le récit, lui donnant une dimension militante intersectionnelle.
La lecture de L’Evènement, et notamment le passage sur l’absence de représentation de l’atelier des faiseuses d’ange dans les musées, fait surgir une autre oeuvre en mémoire : Le Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma (2019) qui lui aussi fait une place, à l'écran, à ces réalités historiques et sociales invisibilisées.
Ces représentations (littéraires, cinématographiques, politiques) sont essentielles car elles perpétuent la mémoire des violences subies, de la maltraitance organisée des personnes menstruées. Elles nous rappellent, avec justesse, que nos droits, gagnés douloureusement et dans un combat inégal, ne sont jamais des acquis mais toujours des conquis qu’il conviendra toujours de défendre.
Créée
le 13 mars 2026
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