Franck Ferrand a des énormes burnes pour contrer ainsi la doxa normalienne et la propagande d’État. Il l'assume sans ambages dès l'introduction, il va se faire des ennemis et ce fut le cas. Il se retranche pourtant derrière Napoléon: "L'Histoire est un mensonge que personne ne conteste". Comprenne qui pourra... surtout les décérébrés qui ne lisent pas et ne produisent aucune analyse.
C'est un brulot que nous offre Franck Ferrand au prix de sa réputation. Il prend cinq faits historiques, fondateurs du mythe français, et les détruit de manière systématique. Alésia n'est pas en Bourgogne, Napoléon n'est pas aux Invalides, derrière Jeanne d'Arc se trouve Yolande d'Aragon, Corneille a écrit les pièces de Molière et l'affaire Dreyfus en cache une autre bien plus grave concernant la bourgeoisie catholique traitresse à la France.
C'est un brulot, assumé comme tel car Franck Ferrand ne fait que remettre sur la table des dossiers longtemps débattus par les historiens et de nos jours tombés aux oubliettes. Il ne prend pas parti, il fait une enquête, il avance des preuves, il dit ses réticences intellectuelles en faveur de telle ou telle hypothèse, bref il fait son boulot d'historien, ce n'est pas un perroquet du pouvoir en place. Il pense par lui-même et laisse le lecteur faire de même. L’historien se retranche derrière des travaux pointus vers lesquels il renvoie les lecteurs avides de connaissances et voulant se forger leur propre opinion.
J'ai beaucoup aimé ce petit ouvrage d'abord parce que ça fait plaisir de voir qu'il y a encore des Français libres (pléonasme volontaire), des gens qui n'ont pas peur du qu'en dira-t-on et qui aiment mettre de l'ambiance dans le monde des historiens poussiéreux. Ensuite parce qu'il lance des pistes de réflexion et ne tente de convaincre personne, il offre simplement au lecteur le cheminement de sa réflexion personnelle et montre comment se fait l'Histoire en tant que discipline scientifique et en tant qu'instrument du pouvoir. Enfin parce qu'en de courts dossiers il m'a fait découvrir deux faits jusque là ignorés malgré mes années sur les bancs de la faculté. (j'étais en deuxième année de licence à la lecture)
Le dossier "interdit" que j'ai le plus apprécié est celui de la paternité des pièces de Molière. J'ignorais tout de cette controverse et j'avoue que je reste, comme Franck Ferrand, dans l'interrogation face à cette question.
Donc, ça se lit très bien et très vite, Ferrand ne prend pas les gens pour des cons et il a un sacré sens de l'humour, assez taquin, ça fait du bien.