Au sujet d'un art de la « sur-conceptualisation méta-gonflante du rien ex nihilo »...

Très suivie sur internet où elle anime un blog consacré à l’art contemporain, Nicole Esterolle compile dans ce livre une sélection de ses articles sur le sujet. Drôle et féroce, bien informée de tout ce qui se fait dans ce milieu depuis une trentaine d’années et puisant abondamment dans les dossiers de presse et les catalogues d’expositions, elle dresse un réquisitoire sans concession contre tout ce que l’art contemporain compte de vaches sacrées : Jeff Koons, apôtre « de l’esthétique pâtissière et de la culture vaseline », Daniel Buren, « cet effet Larsen, cette boursouflure exponentielle du rien », Arnaud Labelle-Rojoux, « tête à claques faussement subversive mais vraiment fonctionnarisée », Martial Raysse et ses « grandes surcharges figurative morbido-glaireuses », Damien Hirst, Maurizio Cattelan, Andrès Serrano, Catherine Millet…


Intellectualisme, triomphe du mauvais goût, spéculation financière, copinage, décadence de la formation académique dans les écoles d’art, diabolisation de ceux qui ne s’extasient pas devant cette « sur-conceptualisation méta-gonflante du rien ex nihilo » et qui sont rapidement taxés de fascisme… Le tableau est sombre et quant aux artistes talentueux et intègres dont Nicole Esterolle prend ici la défense, ils se retrouvent bien souvent devant des portes closes et des caisses vides. La cause de cet ostracisme est à chercher du côté de la consanguinité entre art institutionnel subventionné et art spéculatif. « Au vu de toutes ces inepties bricolées, contondantes, répétitives et compulsionnelles, je me pose la question très angoissante de savoir jusqu’où peut aller le génie humain quand il carbure uniquement à l’argent public. »


La dématérialisation de l’art a abouti à une triple éradication du sens, du sensible et du métier. Le discours sur l’art a remplacé l’art, le faire a été remplacé par le questionnement sur le faire, l’objet par le projet, soit « un questionnement tout azimut impliquant l’interdiction de la peinture, du dessin, du savoir-faire, du toucher de la matière, de la corporéité, du sensible, etc., toutes choses dorénavant bannies au profit de l’évanescence rhétorique et des stratégies marketing ». Un espoir tout de même ? La révolte de certains étudiants en art contre la corruption de leurs établissements et le retour sur le marché de l’art brut qui, momentanément récupéré par les requins de l’art contemporain, pourrait bien fonctionner comme un cheval de Troie et reprendre, demain, la citadelle confisquée.

David_L_Epée
6
Écrit par

Créée

le 3 août 2016

Critique lue 193 fois

1 j'aime

David_L_Epée

Écrit par

Critique lue 193 fois

1

D'autres avis sur La bouffonnerie de l'art contemporain

La bouffonnerie de l'art contemporain
missring
6

Critique de La bouffonnerie de l'art contemporain par missring

Un résultat en demi-teinte pour ce livre, qui, s'il est souvent juste dans le fonds de ce qu'il dénonce, se perd trop souvent dans la forme. La véhémence exagérée et délibérément insultante de...

le 29 juin 2016

Du même critique

La Chambre interdite
David_L_Epée
9

Du film rêvé au rêve filmé

Dans un récent ouvrage (Les théories du cinéma depuis 1945, Armand Colin, 2015), Francesco Casetti expliquait qu’un film, en soi, était une création très proche d’un rêve : même caractère visuel,...

le 20 oct. 2015

33 j'aime

Les Filles au Moyen Âge
David_L_Epée
8

Au temps des saintes, des princesses et des sorcières

Le deuxième long métrage d’Hubert Viel apparaît à la croisée de tant de chemins différents qu’il en devient tout bonnement inclassable. Et pourtant, la richesse et l’éclectisme des influences...

le 6 janv. 2016

21 j'aime

1

I Am Not a Witch
David_L_Epée
6

La petite sorcière embobinée

Il est difficile pour un Occidental de réaliser un film critique sur les structures traditionnelles des sociétés africaines sans qu’on le soupçonne aussitôt de velléités néocolonialistes. Aussi, la...

le 24 août 2017

14 j'aime