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55 critiques
Étrange passion
Sauvé par le temps additionnel. Très sincèrement, j’étais parti pour écrire des assauts littéraires ou des vanités de taquinerie. En plus de ne pas apprécier la prose, je ne comprenais pas le livre...
le 11 nov. 2025
Sauvé par le temps additionnel. Très sincèrement, j’étais parti pour écrire des assauts littéraires ou des vanités de taquinerie. En plus de ne pas apprécier la prose, je ne comprenais pas le livre. « La déraison » se présente comme un nuage nébuleux et verdâtre d’axiomes mondains sur l’amour et la mort. Mais, bouleversement de ma pensée critique : les cent dernières pages renversent ma relation au livre.
Agnès Martin-Lugand raconte une histoire d’amour où les voix du duo amoureux se mêlent, laissant place à un cosmos étrange, une perdition dans le pendant des mots. Ainsi, l’histoire n’est pas prétentieuse ni extrapolée, mais réussit sa mission de stimuler la curiosité. De fait, le livre montre dans son essence une maîtrise psychologique. Les personnages sont révélés dans leur complexité, défauts et qualités se mêlent. Mais c’est surtout dans la progression interne qu’Agnès est forte : les personnages sont développés et mis à nu à mesure de l’avancée narrative. Tout est ficelé avec logique, et il n’y a pas d’illogisme extra-bouquin, ces trucs qui sortent de l’histoire.
Cette construction des personnages se met au service de la structure dramatique. Celle-ci est le fait de l’auteure. Sa maîtrise est intelligente, tout mène à l’acmé puis descend avec élégance. Le rythme diégétique n’est pas désabusé, la forme narratologique que prend le récit est celle de l’axiome : essor, acmé, déclin. Ce ramassis de mondanité est nécessaire. Il permet de mieux avaler toute la complexité du polysémique « je ». Un jeu antanaclastique qui fond dans le même mot deux corps, deux pensées, deux « êtres » (comme l’auteure aime dire).
Toujours dans cette idée de narratologie, le suspense est délicat. Il ne fait pas de miracles mais oblige à tourner la page. Il s’agit donc d’une articulation haletante des matériaux narratifs.
À présent, le dit est bien marrant, mais le dire reste l’animal que l’on caresse. Alors qu’en dire ? Eh bien, le style est sobre, il se revendique comme tel, il s’assume et c’est là un noble fait. Mais cela fonctionne par moments, moins à d’autres. Implantée dans ses gonds, elle se met la plume dans l’œil. Il n’y a aucune énergie stylistique, le vivant ainsi que le mouvant métacritique manquent à l’appel. On ressent une auteure bureaucrate et corporate. Par moments, c’est même assez lourd et téléphoné. Le lyrisme est pareillement tantôt vain, tantôt juste mal exercé. C’est ici l’écriture d’un mail métaphorique, mécaniquement mort. On a l’auteure, mais jamais son antagoniste. Auteure, soit. Mais on veut de l’anti-prose. Imprimer les feuilles dans la couleur de sa plume, c’est respectable. Les mettre en contraste l’est encore plus. Le motif des phrases d’un mot, quelle maladresse. À mon sens, c’est le lieu précis où l’auteure défaille. Peut-être suis-je un puéril élitiste ?
Personne n’ose faire de critique dialectique, je vais le faire. Dans l’énonciation de ma pensée, j’en suis venu à une finalité que vous prendrez comme conclusion et/ou axiome : Un grand livre n’est pas toujours celui d’un grand style, mais celui qui parvient à nous déplacer, à nous faire vivre ailleurs. Et c'est la vraie beauté d'un texte, la substitution du corps.
Créée
le 11 nov. 2025
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