Me voilà tiraillée pour mon admiration sans bornes pour Colette et ma répulsion tenace pour le genre de la nouvelle. Je n'ai jamais aimé les nouvelles, c'est trop vite lu, ça tape trop fort, ou ça repose sur des astuces faciles et je n'ai pas le temps de m'immerger dans un univers touffu comme on peut le faire dans un roman moelleux, bref, ça n'a que des défauts à mes yeux. Évidemment, quand c'est Colette qui est à la plume, elles sont bien écrites, c'est sûr. Mais ce sont quand même des nouvelles qui dépassent à peine l'anecdote. Un mari jaloux, un peintre désespéré, deux jeunes amies qui ne se comprennent plus aussi bien... la galerie de personnages est riche et la langue pour les décrire florissante. Sauf que, si j'osais une analyse, je dirais que la forme courte nous laisse plus démunis devant les changements de mentalité. Là où un roman nous donne le temps de procéder à des déductions par recoupements, la nouvelle nous somme de saisir l'implicite du premier coup. Or il date de 1924, cet implicite-là, et, depuis, tout à changé. Nos perceptions ne sont plus les mêmes, les références collectives non plus. Quand Colette fait appel à ce que son lecteur du début du XXème siècle sait de manière certaine, elle ne se doute absolument pas que nous l'aurons oublié depuis belle lurette. De ce fait, j'ai eu l'impression d'assister à une conversation animée pleine de sous-entendus entre deux personnes qui auraient habité longtemps la même capitale étrangère, où je n'aurais jamais mis les pieds. Bref, pas de quoi me réconcilier avec la nouvelle, donc, ni me brouiller avec ma chère Colette.