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Quelle misère, voilà que je me suis retrouvé à pleurer à chaudes larmes avec cette fille d’elle-même. Un texte d’une absolue beauté sur la (re)naissance d’une femme trans.Un livre qui commence alors...
Ouvrage lu en édition française (JC Lattès).
La fille d'elle-même est une autofiction qu'on pourrait découper en deux temps.
Les premières 200 pages relatent l'enfance de la narratrice. Adoptant une posture d'observatrice, la jeune protagoniste décrypte avec sensibilité les comportements sociaux de ceux qui l'entourent, décrivant notamment une mécanique familiale qui se délite. Raconter le divorce à travers les yeux de l'enfance, c'est sans doute là la trame narrative principale des deux premiers tiers de ce roman, alors qu'un climat oscillant entre non-dits et mots de trop torture aussi bien adultes qu'enfants, tous prisonniers d'une situation qui les bouscule et les violente. La plume de Gabrielle Boulianne-Tremblay apparaît fluide et maitrisée, avec de nombreuses séquences de trois à cinq pages offrant un rythme remarquablement équilibré.
Alors bien sûr, si vous avez lu la presse ou les commentaires d'autres lecteurs, vous savez sans doute que La fille d'elle-même est un self-Bildungsroman (le mot n'existe pas ; je l'invente) sur la transidentité. Toutefois, toute cette première partie constitue un véritable texte "du placard", avec une tension autour du non-dit permanent entre ce que la narratrice est et la manière dont elle est perçue par le monde extérieur. En fait, à l'inverse d'une narration non fiable, c'est ici le monde instable des adultes qui fait défaut. Dès lors, la lecture n'est aucunement gênée par un usage des genres quasi-traditionnel, et dont les jeux de décalages se justifient très bien par la dynamique littéraire propre au texte. Pour tout dire, La fille d'elle-même se concentre autour de valeurs étonnamment conservatrices, telles que le foyer, la famille ou encore l'attachement à sa terre natale, ce qui le rend extrêmement abordable auprès du grand public - et peut-être même un petit peu agaçant de par son conformisme (vous lisez un livre "normal", bien que très bon, écrit par une femme trans).
Malheureusement, un décrochage opère au tournant du dernier tiers du texte. Le rythme, qui était très soutenu pour faire tenir une quinzaine d'années sur 200 pages, s'affaisse et dilate environ cinq (?) ans sur 100 pages. Le jeu littéraire de décalage entre le genre de la narratrice et celui qu'elle porte officiellement cesse, les thèmes se multiplient, leur traitement se fait si superficiel qu'ils sont parfois soutenus par des phrases simili-slogan tombant comme un cheveu sur la soupe, le propos tourne en rond entre images gratuites et répétitions vaines. C'est très dommage, car cela correspond à la période de transition, mais c'est franchement mal écrit.
Mon conseil : cessez votre lecture passé le cap des deux tiers, et pariez plutôt sur l'éventuelle écriture d'un autre livre couvrant cette fois de façon plus travaillée cette période qui a été bâclée dans ce roman-ci.
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Créée
le 14 mars 2026
Critique lue 9 fois
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