Quand Arnaldur Indriðason délaisse pour un temps le roman policier pour évoquer le passé de l'Islande, il n'y aucune raison de le snober, eu égard aux spécificités de cet étrange pays qui ne peuvent que fasciner. La fin du voyage se situe au XIXe siècle et s'inspire notamment du destin de Jónas Hallgrímsson, célèbre poète et naturaliste islandais. Le livre est donc antérieur d'une soixantaine d'années à l'action du formidable Soixante kilos de coups durs de Hallgrímur Helgason, le grand roman islandais de ce début d'année. La fin du voyage a moins l'ambition d'être une saga, se partageant entre deux intrigues à plusieurs années de distance, en Islande et au Danemark, impliquant directement ou indirectement son personnage principal. Ce n'est pas sa construction que l'on regrette, mais plutôt son côté presque laborieux dans ses développements et un aspect moyennement attrayant de l'ensemble, dénué d'humour en tout cas, avec un côté répétitif de ses motifs. Cela reste toutefois une peinture attachante d'une Islande rurale et hiérarchisée où la vie est précaire pour une majorité de la population et de Copenhague à la même époque, dont ses habitants n'ont en général que mépris pour cette province isolée et méconnue. Il est encore loin le temps où le vassal de glace et de feu prendra enfin son indépendance. À l'aune de ses meilleurs livres, y compris l'excellent Le roi et l'horloger, La fin du voyage, loin d'être désagréable à lire, évidemment, représente tout de même une œuvre mineure pour le grand Arnaldur Indriðason.