Après un bouquin "trop sérieux pour être honnête" (Un monde immense) j’avais besoin de me refaire une santé avec un bon thriller dépaysant sans prise de tête. J’avais dans mes tablettes "La maison noire" de Yûsuke Kishi, recommandé par un éclaireur : « d’une grande originalité et d’une noirceur sans pareille ! »
Tiens, un japonais addictif… Pourquoi-pas !
Mais au moment de télécharger, je découvre le bandeau : Par l’auteur de « La Leçon du mal »
Genre d’annonce qui signale un grand succès de librairie… Alors pourquoi ne pas commencer par celui-là ?
L’auteur, Yûsuke Kishi est né en 1959 à Osaka. Il est diplômé d'économie de l'université de Kyoto et commence sa carrière d'écrivain indépendant après avoir travaillé pour une compagnie d'assurance-vie pendant plusieurs années. Il remporte à deux reprises le Prix de l'Association d'horreur du Japon. Il a écrit une douzaine de romans dont La Leçon du mal (Lesson of the Evil, 2010) traduit en français en 2022.
Je ne sais pas vous, mais personnellement, j’ai quelques difficultés avec la culture nipponne. Le moins que l’on puisse dire c’est que ce n’est pas la nôtre. En 2020, j’ai lu « Le restaurant de l’amour retrouvé » de Ito Ogawa, j’ai trouvé le style factuel, froid, plat, banal, hors émotions. On m’a reproché de ne rien connaître à leur culture et à leur psyché… Une évidence (je n’ai pas eu le courage d’aborder « La Papeterie Tsubaki » de la même autrice).
En 2021, j’ai réitéré avec « Suzuran » de Aki Shimazaki, une autrice québécoise, qui écrit en français des romans japonais !... Pas de surprise, même constatation : tout y est strictement factuel et froid.
Têtu, en 2022 je me suis offert « Sémi » de la même Aki Shimazaki, (toujours québécoise francophone…) : Le style est toujours aussi simplissime et naïf, avec des phrases et des paragraphes courts et factuels.
Qu’en est-il de cette quatrième expérience ?
À ce jour une soixantaine de lecteurs ont noté ce livre, plus des trois-quarts lui ont octroyé au moins 7/10 et 95 % lui ont donné plus de la moyenne, c’est dire combien il a été apprécié.
Comme l’irréductible Gaulois, je fais partie des 5 % qui n’ont pas aimé. Et il se pourrait que je détienne le pompon du bas ! J’en demande pardon à "Brune Platine", mais malgré mes efforts, en quatre ans je n’ai guère fait de progrès culturel côté Soleil Levant.
Je vais finir par croire qu’il s’agit d’une caractéristique originelle car à l’instar des ouvrages ci-dessus nommés, « j’ai trouvé le style factuel, froid, plat, banal, hors émotions. » Bon, vous me direz que c’est tout à fait volontaire – et réussi – car c’est la définition même du personnage central.
Le bouquin raconte les aventures, présentes et passées, de monsieur Seiji Hasumi, professeur d’anglais et professeur principal de la classe de 1re 4 au lycée Shinkô Gakuin de Machida (une ville située dans la métropole de Tôkyô) en outre, il avait opté pour un rôle au sein de l’équipe de surveillance, responsable de la bonne conduite des élèves. Une charge lourde dans cet établissement privé car « Au Japon, les établissements publics sont les plus réputés car il faut réussir des examens plus ardus pour y entrer. À l’inverse, on considère que les écoles privées, plus chères mais dont les examens sont moins difficiles, écopent d’élèves moins disciplinés. »
Et donc, pour remplir sa mission – ou simplement vivre comme il en a envie – il élimine tout ce qui le contrarie. Ça va du "corbeau réveille-matin" au parent d’élève râleur en passant par le professeur hors norme, le tout dans la plus grande impunité ce qui suppose une incompétence suspecte de la police nipponne.
On pourrait être scandalisé par les agissements de ce tueur en série machiavélique, mais c’est écrit avec une telle froideur que l’on reste spectateur lointain, nullement concerné par les désagréments subit par les multiples victimes, et sans aucune empathie à leur égard. Ça devient même vite un jeu où l’on se dit « tiens celui-là va passer à la casserole ! ». On se retrouve devant une succession de saynètes écrites par un collégien psychopathe qui patauge en vain pour créer une ambiance de film d’horreur.
J’ai tellement survolé, mi-ennuyé, mi-désabusé que je me suis senti fatigué avant le point final.
Une perte de temps à éviter.