Yûsuke Kishi ne recule devant rien dans la deuxième moitié de La leçon du mal. Et à mesure que l'horreur grandit, l'humour noir gagne en intensité, une façon assez habile de rendre supportable ce qui devient un théâtre de grand-guignol et un jeu de massacre sans limite. Évidemment, l'auteur a depuis longtemps cessé de nous rendre crédibles les péripéties de son roman mais sans pour autant abandonner un réalisme saisissant et ricanant à la fois. La facilité aurait été de raconter les actes et les pensées de ce professeur d'anglais psychopathe à la première personne. En ne le faisant pas, Kishi nous plonge pourtant à l'intérieur de ce cerveau dérangé avec une sorte de jubilation et de cynisme qui réussit parfaitement à nous mettre mal à l'aise, tout en suscitant une forme de fascination pour les lecteurs pervers que nous sommes. La question est de savoir jusqu'où le romancier ira trop loin et, sur aspect-là, il assume parfaitement son côté jusqu’au-boutiste. Mais avant l'immersion en apnée dans un musée de l'horreur, Yûsuke Kishi montre dans le premier tiers du livre toute sa maîtrise dans la création d'une atmosphère inquiétante, distillant avec parcimonie les informations sur ce professeur tellement populaire auprès de ses élèves. Au passage, le système scolaire japonais en prend pour son grade, au même titre que la police et les autres institutions du pays, jusqu'à fustiger la libéralisation des ventes d'armes, avec l'exemple américain, ironie puissante si l'on pense à la boucherie qui va avoir lieu par la suite. Il est surprenant qu'un roman aussi brillant par son machiavélisme ait mis 12 ans avant d'être traduit en français. Ce qui le serait encore davantage c'est que les éditions Belfond ne nous offrent pas prochainement des "nouveautés" anciennes d'un auteur spécialisé dans l'horreur, le policier et même la science-fiction.

Cinephile-doux
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Mes livres de 2022

Créée

le 19 déc. 2022

Critique lue 261 fois

Cinephile-doux

Écrit par

Critique lue 261 fois

4

D'autres avis sur La Leçon du mal

La Leçon du mal

La Leçon du mal

8

Cinephile-doux

8116 critiques

Jeu de massacre

Yûsuke Kishi ne recule devant rien dans la deuxième moitié de La leçon du mal. Et à mesure que l'horreur grandit, l'humour noir gagne en intensité, une façon assez habile de rendre supportable ce qui...

le 19 déc. 2022

La Leçon du mal

La Leçon du mal

6

2flicsamiami

290 critiques

De La Maison Noire à La Leçon du Mal : Yusuke Kishi, en rouge et noir

Je reconnais bien dans La Leçon du Mal le goût pour la noirceur et les personnages machiavéliques de l’auteur de La Maison Noire. Une vision repoussante de l’espèce humaine à laquelle sa carrière...

le 10 sept. 2025

La Leçon du mal

La Leçon du mal

9

Poulet-Frit

8 critiques

Fou !

En commençant ce roman, je ne m'attendais ni à un déroulement pareil ni à une fin de ce type.Tout au long de l'histoire, l'auteur parsème quelques indices mais, presque jusqu'à la fin, je n'ai rien...

le 29 déc. 2025

Du même critique

Anatomie d'une chute

Anatomie d'une chute

6

Cinephile-doux

8116 critiques

Procès d'intentions

Depuis quelques années, le cinéma français, et plus particulièrement ses réalisatrices, trustent les lauriers dans les plus grands festivals. Au tour de Justine Triet d'être palmée à Cannes avec...

le 28 mai 2023

France

France

8

Cinephile-doux

8116 critiques

Triste et célèbre

Il est quand même drôle qu'un grand nombre des spectateurs de France ne retient du film que sa satire au vitriol (hum) des journalistes télé élevés au rang de stars et des errements des chaînes...

le 25 août 2021

The Power of the Dog

The Power of the Dog

8

Cinephile-doux

8116 critiques

Du genre masculin

Enfin un nouveau film de Jane Campion, 12 ans après Bright Star ! La puissance et la subtilité de la réalisatrice néo-zélandaise ne se sont manifestement pas affadies avec Le pouvoir du chien, un...

le 25 sept. 2021