« La maison du canal » (1933) est le 26e roman (sur 192), écrit à 30 ans, à Marsilly (Charente-Maritime), commune de l’agglomération de La Rochelle, par Georges Simenon (1903-1989). C’est le 8e de ses « romans durs » (sur 117, c’est-à-dire sans Maigret, héros de 75 romans). Il a fait l’objet de 2 adaptations télévisées, l’une en 1988 par Josef Rusnak (30 ans) avec Mathilda May (23 ans), l’autre en 2003, par Alain Berliner (40 ans), avec Isild Le Besco (21 ans).

Ecrivain francophone né à Liège, en Wallonie, Georges Simenon situe le roman dans le Limbourg, province belge flamande dont le chef-lieu est Hasselt. Hormis le 12e et dernier chapitre qui se passe à Anvers, tout le roman est situé à Noroeteren (où Georges Simenon a séjourné quelques jours à l’âge de 13 ans, pendant l’occupation allemande), dans la maison de la famille Van Elst, au lieu-dit, Les Irrigations (Wateringen en néerlandais), zone de polders servant à la production de foin, parcourue par un canal où naviguent des péniches. L’histoire se déroule sur un an et demi et débute en décembre : Simenon décrit un monde de mouillé, de froid, de boue et de vent. On retrouve l’ambiance décrite, plus tard, par Jacques Brel (1929-1978) dans les chansons « Le plat pays » (1962), qui évoque la Flandre-Occidentale [Avec un ciel si bas qu'un canal s'est perdu, Avec un ciel si gris qu'un canal s'est pendu], et « Ces gens-là » (1965) où Frida pourrait être l’équivalent d’Edmée, sur une famille médiocre et mesquine, ainsi que dans le tableau de Vincent Van Gogh (1853-1890), « Les mangeurs de pommes de terre » (1885) et peint dans le Brabant-Septentrional, limitrophe du Limbourg belge. Les scènes hivernales où les villageois patinent sur des champs inondés dont l’eau a gelé, rappellent la peinture de Pieter Brueghel (1525-1569), et plus particulièrement « Paysage d’hiver avec patineurs et trappe aux oiseaux » (1565). L’ambiance, y compris psychologique, est sombre, noire, avec une famille Van Elst, vivant pauvrement (éclairage à la lampe à pétrole) et durement, allant à l’église, au comportement parfois sauvage, miné par la dégénérescence, où les esprits et les corps sont altérés par l’excès d’alcool et la syphilis. Cela évoque le naturalisme d’Emile Zola (1840-1902). L’arrivée d’une cousine, Edmée, 16 ans, francophone, dont le père, médecin à Bruxelles, veuf et qui vient de décéder, va perturber ce monde paysan dont sa mère était originaire, et plus particulièrement ses 2 cousins, agissant souvent par pulsions : Fred (21 ans), l’ainé qui succède à son père, mort de gangrène le jour de l’arrivée d’Edmée, et Jef (19 ans), trapu, sans cou, à la tête énorme, le plus laid de la famille.


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le 31 mars 2025

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