Mauvignier – Laurent de son prénom. J’ai déjà lu un bouquin de ce monsieur (https://www.senscritique.com/livre/histoires_de_la_nuit/critique/231298944), je me souviens, son nom m’avait interpelé parce que j’ai connu un "Mauvignier" à l’école. Un des rares patronymes dont je me souvienne. Sans doute ne se prénommait-il pas Laurent, mais comme je l’ai écrit dans ma précédente chronique, il aurait pu être son père… (27 ans à la naissance de Laurent !) Sauf que c’était à Périgueux et que Laurent est natif de Touraine…

Et voilà que le fils hypothétique de mon ancien "condisciple" aurait obtenu le Goncourt ? Bravo mon bonhomme ! Une belle reconnaissance ! Sur SC, à ce jour, sur 350 lecteurs, les trois-quarts lui ont donné une note au moins égale à 8/10, c’est dire le succès de l’ouvrage…

Alors, c’est marrant, après avoir relu mon commentaire sur Histoires de la nuit, je commence La maison vide et, comme il y a cinq ans, dès le deuxième paragraphe, je lui compte trente-six lignes bien serrées, Mauvignier semblable à Mauvignier (J’ai entrevu des paragraphes couvrant trois pages), sur un ouvrage de plus de 740 pages !... Ça devient presque un jeu… j’en viens à compter les mots d’une phrase prise au hasard : cinq-cent-soixante mots ! (p. 179 à 181) Belle performance, non ? …

Je ne vais pas m’étendre sur le sujet du bouquin, depuis sa sortie en août 2025 et son couronnement trois mois plus tard par le jury du Goncourt, tout le monde connait le thème : l’histoire de la famille de l’auteur sur quatre générations…

Personnellement je ne suis pas particulièrement attiré par les histoires plus ou moins réelles, plus ou moins romancées des personnalités plus ou moins célèbres. Mais ce livre-là – glorieusement couronné – m’a été offert, par un proche, pour mon petit Noël, alors…

Alors, pour être tout à fait honnête, les cinquante premières pages ont été particulièrement lourdes à digérer et, dans d’autres circonstances, j’aurais renoncé à affronter les sept-cents pages restantes. Alors j’ai consulté les quelques commentaires de mes prédécesseurs et j’ai rencontré des désabusés, des mitigés et beaucoup d’enthousiastes dithyrambiques (effet de foule ?) parmi lesquels celui d’une de mes "éclaireuse" (prof de lettres) qui qualifie « La Maison vide » d’œuvre d’un véritable écrivain :

« Magie de la littérature. Ce qui me plaît aussi, c’est la façon dont l’auteur fait confiance à la littérature pour l’aider à retrouver ce qui a été perdu, la façon dont il lui confie d’une certaine façon la mission d’explorer un espace resté volontairement tu depuis longtemps. C’est la littérature qui crée le réel manquant, qui met en lumière "les points aveugles et les angles morts". »

Alors, moi qui ne suis pas littéraire pour deux sous, mais un vil technicien matérialiste, je change mon fusil d’épaule et mets l’intrigue en veilleuse et me penche, comme un élève appliqué, sur l’examen de l’aspect purement littéraire, comment l’auteur progresse, lentement mais sûrement, de personnage en personnage, de faits avérés en suppositions, d’évènements en péripéties, de soupçons en démonstrations, etc. Comment l’auteur suggère, en fin de compte, comment les germes du suicide de son père étaient à l’œuvre au cours des générations passées.

Et comme pour confirmer l’analyse de mon "éclaireuse", page 616, l’auteur confie : « C’est parce que je ne sais rien ou presque rien de mon histoire familiale que j’ai besoin d’en écrire une sur mesure, à partir de faits vérifiés, de gens ayant existé, mais dont les histoires sont tellement lacunaires et impossibles à reconstituer qu’il faut leur créer un monde dans lequel, même fictif, ils auront chacun eu une existence. »

Les phrase à rallonge, on finit par ne plus les remarquer, par contre on reste bouche bée d’admiration sur des descriptions d’une authenticité sublime (l’auteur n’était pas né, moi non plus) telles qu’un mariage campagnard au tout début du XXe siècle ou un enterrement quelques années plus tard… une anthologie qui vous transporte plus d’un siècle en arrière, avec armes et bagages, on y est !

Je voudrais, quand-même, ajouter un éloge que je n’ai remarqué nulle part chez ses admirateurs : sans vouloir divulguer quoi que ce soit, les ancêtres de Laurent n’ont pas tous été exemplaires, il n’en est pas responsable, bien sûr, mais quand bien même s’efforce-t-il d'expliquer les situations, il faut une certaine dose d’abnégation pour étaler au grand jour des turpitudes que beaucoup préfèreraient cacher.

Puisqu’il faut donner une note, je suis un peu hésitant, Comme écrit plus haut, je suis peu intéressé par les histoires de famille. Qui plus est, ici, je crains bien qu’un seul personnage n’attire mon empathie, un 6 serait bien "payé", mais la leçon de littérature que je me suis offerte en faisant attention à la manière de… me pousse vers un 8. J’attribuerai donc un 7/10.


P.S. : Pour le fun, mon ex camarade d’école est peut-être bien de la famille de Laurent car le premier Mauvignier entré dans la famille explique que « …son père taillait des costumes et avait fait faillite à la mort de sa femme. Ses enfants étaient grands, tous étaient partis, les uns après les autres, trouver du travail dans le département et pour certains dans le Sud, en Dordogne, près de Périgueux… » (p.638)


Philou33
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le 22 févr. 2026

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