Voici un récit d’une densité forte qui pousse à lire lentement. Cette prose aux phrases interminables a pourtant le sens du détail qui finit par éclairer le lecteur. On entre littéralement dans cette maison de famille, au passé confus et poussiéreux, et qui pourrait ressembler à nos vieilles maisons figées à la disparition des grands-parents. Ici, c’est un grand piano noir, incongru à son entrée dans cette propriété rurale au début du XXème siècle dans une famille de propriétaires terriens, qui fera le lien de l’histoire de cette famille. Source de joie et d’espoir, de désillusion et de survie, de drame et de fascination.
La puissance captivante de ce roman vient aussi du mélange permanent entre réalité historico-familiale, souvenirs interprétés, et carrément actes et ressentis imaginés ou supposés. Ce mélange trouble mais fait mouche… parce que finalement, chacun de nous abrite une histoire familiale plus ou moins connue et attractive, des souvenirs à notre prisme, des évènements racontés par d’autres. En inventant peut-être une partie de la vie de nos Firmins ou de nos Marguerites, on reconnait aussi que leurs vies ont existé et façonné les nôtres.