« La mort d’Auguste » (1966) est le 170e roman (sur 192), écrit à 63 ans, à Epalinges (canton de Vaud, en Suisse) par Georges Simenon (1903-1989). C’est le 109e de ses « romans durs » (sur 117, c’est-à-dire sans Maigret, héros de 75 autres romans). Il a fait l’objet de 2 adaptations télévisées, l’une en 2011, par Milo Dor, l’autre en 2015 par Denis Malleval. Le roman débute, en 1965, un vendredi soir de mars pour se terminer le mardi suivant. Il se déroule principalement au restaurant « Chez l’Auvergnat » (2 étoiles Michelin), dans le quartier des Halles à Paris (Ier arrondissement). Son propriétaire est Auguste Mature, 78 ans, natif de Saint-Hippolyte [village qui a fusionné en 1973 avec Châtelguyon, à l’ouest de Riom (Puy-de-Dôme)], ancien président des Auvergnats de Paris, marié à Eugénie (également de Saint-Hippolyte), 79 ans, qui n’a plus toute sa tête. Il travaille avec son fils, Antoine, 50 ans, son associé à 50 % depuis la fin de la guerre, après son retour de captivité (4 ans) en Poméranie. Ce dernier est marié à Fernande, Bretonne, caissière au restaurant et n’ont pas d’enfants. Auguste fait un malaise en plein service et meurt dans l’heure. Antoine prévient par téléphone ses 2 frères, Ferdinand, l’ainé, juge à Paris (n’ayant pas fait la guerre en raison de sa myopie), 53 ans et sa femme Véronique (2 enfants, Marie-Laure et Jean-Loup) puis le benjamin, Bernard (46 ans, resté 6 mois au front pendant la guerre, problématique car ayant signé des chèques sans provisions et menant grande vie), vivant, (depuis 5 ans) avec Nicole (28 ans). Le roman est d’une grande richesse : bien sûr, le sujet principal concerne la mort du père et le comportement de ses fils vis-à-vis de la succession, avant même qu’il ne soit enterré. Le début rappelle « Les autres » (1962) où l’oncle Antoine, avocat en droit international, décèdait à 72 ans, la veille de la Toussaint, même si la succession n’était pas au cœur de ce roman. La recherche du « Trésor » (argent économisé par Auguste pendant des années, peut-être sous forme de lingots d’or) évoque celle de « Goupi Mains Rouges » (1943) de Jacques Becker, d’après le roman éponyme (1937) de Pierre Véry. Même si le sujet n’est pas nouveau et les faits assez banals, Simenon réussit à captiver le lecteur, d’une part, grâce à son analyse psychologique fine des personnages, principalement des 3 frères, et d’autre part, par son sens de la narration et de la « chute », dans le dernier ou avant-dernier chapitre, sans oublier la simplicité du texte mais qui en fait sa force. C’est un livre aussi sur la fraternité, au sens premier, et son devenir avec le temps. Il s’agit d’un roman « dur », d’une grande noirceur, sans trop d’illusions sur l’âme humaine. Seuls Antoine et Fernande sortent du lot, ainsi que Jean-Loup (interne en médecine), dans la famille Mature, gangrénée par la soif d’argent, le pire étant Bernard, looser mythomane, cupide et pathétique.