Saint-Auch, banlieue de Toulouse dans les années 90. Au fond d’une impasse d’un quartier résidentiel, une maison abandonnée, vitres et portes barricadées, exerce une attraction étrange sur les adolescents du quartier. Lorsque l’un d’eux se suicide, la rumeur court qu’il est entré dans cette maison et y a vu quelque chose qui l’a poussé à commettre le pire. Medhi, Lena, Alexandre, Max et Thomas se décident à visiter la maison, même s’ils pressentent que quelque chose cloche sérieusement avec cet endroit.


Ce roman est un coup de coeur absolument assumé! Il est inclassable: c’est un hommage au roman horrifique, mais pas seulement, loin de là sinon il ne serait pas édité par une grand maison d’édition spécialisée dans la littérature dite blanche. En ancrant son roman dans une petite banlieue française des années 90, l’auteur saisit à sa façon le passage de l’adolescence à l’âge adulte qui s’accompagne de doutes et d’interrogations universelles : amitié, sexualité, regard sur le monde, désenchantement de toute une génération à propos d’un avenir incertain. L’écriture de Jean-Baptiste Del Amo est magistrale, le style très travaillé est immersif, il dépeint ce qu’il a connu plus jeune et réalise avec acuité la peinture sociale d’une petite banlieue. Chaque famille appartient à un milieu différent : bourgeois, maghrébin, monoparental… Différents thémes sont abordés tels que les violences intrafamiliales, l’homosexualité, le racisme, l’alcoolisme, la maladie… Empathiques à souhait, Lena, Medhi, Max, Alex et Thomas ont quelque chose de chacun d’entre nous et nous invitent à les suivre dans les couloirs de leur lycée pour errer entre deux cours et partager leurs doutes et leurs souffrances. Mais aussi à découvrir ce qui se cache derrière les volets clos de la maison abandonnée située impasse des Ormes…


L’adolescence est une période profondément angoissante. Je pense que, sous les apparences, elle l’est ou l’a été pour chacun/e d’entre nous, et ce roman rappellera sans aucun doute à tout un chacun à quel point cette période est paradoxale, elle est faite de contradictions et d’extrêmes : troublante et malsaine, angoissante, pesante, mais aussi intense et exaltée. Il y a quelque chose de délicieusement régressif dans ce livre, pour ceux qui comme moi étaient ados dans les années 90: la bande-son qu’on imagine aisément constituée de Nirvana ou de Pearl Jam parmi tant d’autres; les films d’horreur visionnés depuis une cassette VHS louée au vidéo club du coin, et surtout les livres de Stephen King dévorés les uns après les autres, dans l’attente du tout nouvel opus… Rien ne change vraiment, non ? La maison ravagée est un immense hommage aux maîtres de l’horreur : Stephen King, Lovecraft ou Dean Koontz pour ne citer qu’eux, Wes Craven ou John Carpenter, côté cinéma, ont largement inspiré ce roman, dans lequel vous pourriez croiser quelques créatures maléfiques, purulentes et malodorantes issues d’une imagination débridée bercée dès l’adolescence par le mythe de Cthulhu… On retrouve tout ce qui est cher à l’univers de King : l’enfance, l’adolescence bercée de désillusion, trop tôt confrontée aux vices des adultes, la réalité infiltrée par le surnaturel, le dénouement horrifique et terrifiant qui vous donnera peut-être des cauchemars, ou vous fera sourire tant il est bon de retrouver les frissons d’autrefois. A lire!

loeilnoir
9
Écrit par

Créée

le 23 févr. 2026

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