Puissamment évocateur dans sa sobre brièveté

Evacué, comme tous les habitants des environs, de sa maison de Pripiat après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, Gouri, qui vit désormais à Kiev, ressent un jour le besoin impérieux de retourner sur place y récupérer un objet personnel. Le voilà traversant la campagne ukrainienne sur sa moto attelée d’une vieille remorque, pour une halte chez ses amis Vera et Iakov demeurés à Chevtchenko, avant de s’aventurer, une fois la nuit tombée, dans la dangereuse zone interdite.


De la catastrophe elle-même et de ses infinies conséquences, tout dans ce texte ne se devine et ne se ressent qu’au travers des quelques mots et gestes d’une poignée de modestes personnages, pauvres gens - comme tant d’autres - cueillis au dépourvu par un cataclysme qui devait tout leur voler : la vie parfois, leur santé ou même leur équilibre mental, et puis, à travers l’exil brutal et définitif impliquant l’abandon forcé du moindre objet personnel et des animaux domestiques, tout ce qui faisait leur quotidien, leur enracinement, la matière-même de leur existence. Par petites touches, au gré des bribes du passé et du présent évoquées à bâtons rompus autour des verres de vodka et des chansons célébrant les retrouvailles, se dessine un malheur subi en silence, avec le courage résigné de ceux qui n’ont d’autre choix que de faire face, abandonnés à leur seule solidarité face à l’incommensurable et monstrueuse épreuve.


Alors, après ce tableau tout en suggestions des dégâts humains, vient, à la nuit tombée, le temps de se confronter à l’impressionnante réalité de ce que sont devenus les lieux. C’est comme un voleur que Gouri se retrouve à forcer l’entrée, assez poreuse à vrai dire, de la zone d’exclusion délimitée autour de la centrale. A proximité d’une forêt devenue rousse, infrastructures et lieux de vie, figés à l’instant du drame, tombent peu à peu en ruines, uniquement dérangés par des pillards eux aussi dangereux. On y accompagne Gouri en frissonnant de peur dans ce décor vide et désolé où plane sournoisement une menace invisible. Quel triste contraste avec les souvenirs de ceux qui l’ont quitté !


Antoine Choplin réussit un roman puissamment évocateur dans sa sobre brièveté : en quelques images et personnages choisis, il nous offre un panorama des impacts humains du désastre d’une justesse et d’un réalisme exceptionnels.


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Cannetille
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le 31 juil. 2025

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