Dans le cœur de la province algérienne où l’activité marchande bat son plein et où les quelques afflux de population rythment la vie globalement sereine de ses habitants, la belle vile d’Oran va être livrée à un silencieux chaos tout à fait imprévisible. A l’aube de la plus impétueuse mais aussi de la plus silencieuse des guerres, des rats jonchent les trottoirs, laissant traîner derrière eux des riverains pantois, surpris par les voluptés mortifères venus s’abattre sur la ville qu’ils chérissent tant. Plusieurs mois après, le microcosme oranais s’est métamorphosé. Les hommes se sont substitués aux rats, les mairies et autres bâtiments de services publics ont été remplacés par des hôpitaux de fortune et l’humeur joviale générale s’est évanouie, laissant subsister des mines cadavériques particulièrement épuisées. Entre cet adversaire irrésistible et les derniers survivants demeure le docteur Rieu, barrière infranchissable travaillant ardemment pour trouver le vaccin qui libérera la ville de cette malédiction invisible. Cet ouvrage est considéré pour beaucoup comme un classique certes, mais un classique qui doit être lu et relu tant l’abnégation vouée par Camus à la création de personnages représentants l’intégralité des prismes de la psychée humaine en contexte de crise est remarquable. De l’obscurantiste Panelou et de ses prêches vindicatifs à l’opportuniste contrebandier Cottard, le lauréat de multiples prix Goncourt enferme notre subconscient dans un monde effroyable où il est impossible de se soustraire à ses acteurs.