Dans la quintessence de la mode vestimentaire du XIXème siècle et l’abondance faramineuse du Bonheur des dames et de ses belles allées, de la panoplie de raffinements matériels des dames les plus prestigieuses de la capitale se cache en réalité un véritable empire capitaliste dont l’expansion engloutit l’intégralité des petits commerces de la ville. Du bonnetier au savetier en passant par la draperie miséreuse qui lui fait face, personne ne semble résister à la croissance fulgurante de l’établissement, fruit du travail acharné de l’ambitieux et impassible Mouret prêt à tous les artifices pour écraser la concurrence. Dans son ascension démesurée, il se heurte cependant à la valeureuse Delphine qui, fraîchement débarquée de province, doit s’accoutumer à cet ornement voluptueux et aux autres vendeuses persuadées d’avoir le monopole du bon goût et l’emprise dans les secteurs qu’elles conduisent. De miséreuse à vénérée, elle devient le symbole d’une escalade sociale saine sans tromperie, imposture ou mystifications dont elle a pu être victime. Issu de la célèbre collection des « Rougeon-Macquart » rattachée au génie d’Emile Zola, cet ouvrage demeure aujourd’hui une pure merveille de culture tant la variété des scènes et des personnages sont analysée dans une logique scrupuleuse, presque documentaliste du luxe parisien du XIXème. Il se fait également le visionnaire avéré d’une société qui deviendra deux siècles plus tard un modèle essentiellement capitaliste, régi par une économie libérale impitoyable où les requins les plus voraces écrasent et dévorent les plus frêles.