... et la vie des autres.
Replonger dans cette lecture, si longtemps après la première fois, m'a fait remonter beaucoup de souvenirs, d'émotions, de réflexions. C'est un petit livre sans prétention qui raconte le père d'Annie, un petit gens soucieux de sa personne et du regard des autres. Annie se demande comment elle va pouvoir écrire ça, puis se donne un cadre, le plus froid possible, qui colle bien à ce bonhomme.
A l'époque j'étais très jeune et j'étais en quête de réponses sur mes propres parents. "Regroupements de textes autour de l'image du père dans la littérature française", c'était l'intitulé d'un cours. On a eu Chateaubriand, Rabelais, Cohen je crois (à moins qu'il ne fût de l'autre côté dans "l'image de la mère"), Kafka, Annie Ernaux... Quelles curiosités que tous ces pères si différents les uns des autres, sources de joie ou de souffrance, voire les deux, d'inspiration, tuteurs de vie plus ou moins solides.
Le père d'Annie n'est pas un géant comme chez les autres auteurs sus-cités. C'est un homme simple, entre ouvrier et petit bourgeois, qui fait un complexe sur sa condition sociale, et pour lequel la parole prend des proportions excessives. Il n'a pas reçu d'éducation et ne veut pas que ça se voie. On ne parle pas à la maison, et on parle autrement à l'extérieur, on évite de parler à l'extérieur d'ailleurs car le meilleur moyen d'éviter les fautes de language est de ne pas en user.
Annie, elle, fait des études, a de la culture, se moque gentiment des fautes de son père. Et au fil du temps, cette situation va les éloigner les uns des autres.