La Tempête de Shakespeare, c'est un peu comme le ressac qui baigne lentement la plage en fond, au pied d'une grotte magique, que j'aimerais bien bordée d'une jungle tropicale humide. Même si le mouvement de l'eau a toujours un peu moins de force à chaque fois, il garde ce je ne sais quoi d'envoûtant et de naturel, de charmant donc, qui fera toujours fonctionner le voyage, jusqu'au retour de la mar(i)ée pour un nouveau départ.


L'argument de la pièce est fameux. Prospero, ancien duc de Milan déposé et formé à tous les arts libéraux, exerce sa magie en nouveau Philoctète sur une île déserte depuis que son propre frère l'a spolié de son trône. Mais grâce au secours d'Ariel et de Caliban, deux êtres magiques tenus en servitude, le vieux duc va pouvoir exercer sz vengeance sur le groupe de nobles Italiens qui a daigné braver les flots.


La Tempête fascine comme une tragicomédie à décor industrieuse. Sa brièveté entretruffée d'ellipses ne lui permet que difficilement d'illustrer la rédemption à laquelle on nous dit que les personnages sont soumis, ce n'est de toute façon ni une moralité ni une pièce à caractère, pas même une pièce à tirade.


Non, ce qui est agréable ici, et chaud, et doux, c'est cette machine à rêver discordante que demeure cette pièce étrange dans le canon élisabéthain, comme peut l'être à sa manière le nouveau monde de Claudel. Un exotisme contrôlé de serre vient bercer les personnages dans ce qui doit s'apparenter à un rêve, mystérieux et improbable, faux, mais enchanteur dans l'étrangeté. Le dîner de la cohorte spectacle d'Ariel, Caliban courbé sur le sable, l'errance labyrinthique du roi, les matelots dormants sous la mer sont autant de pigments d'un petit tableau de Rêve qui nous emporte au bout de la nuit pour continuer à vaquer à nos bourgeoiseries demain un peu rassérénés par l'existence de cette magie.


Je partais sur un 6 au début de ces notes d'impression pour traduire une lassitude et les écrivant je me sens tout autant très triste que je me rends compte que je n'ai certainement jamais tant aimé la comédie depuis une représentation fauchée du Songe d'une nuit d'été, gamin.


Ce sera un 10 parce que la nuit a ses mystères et les poètes aussi.

S_Gauthier
10
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le 30 déc. 2020

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