On connaissait le premier roman - celui qui est trop riche, trop personnel et qui annonce une carrière d'écrivain. Ici il s'agit du dernier roman. Philip K. Dick (PKD) nous parle de ce dernier roman dans "Dernière conversation avant les étoiles" - qui est la transcription d'une interview de PKD donnée trois mois avant son décès. On comprend en lisant cette transcription que PKD voit sa mort arriver suite à l'écriture de la "Transmigration de Timothy Archer". Je veux dire par là qu'il y a probablement dans ce roman la conscience d'un homme qui voit sa fin. A l'image du premier roman qui annonce une carrière d'écrivain, ce dernier roman est un jalon pour la postérité. Le caractère incertain de cette mise en relation - deux étapes d'une vie qui ne sont pas liées et bien justement, c'est le sujet du livre. Montrer comment des choses sans rapport apparent s'agencent - et que par conséquent l'érudition et la connaissance livresque ne peuvent pas lutter contre les forces du destin. On retrouve ce thème dans bien des oeuvres - mais PKD arrive à nous éblouir par son style rapide qui transforme la réalité en étoffe perforée et dentellée.
L’héroïne du roman, Angel Archer, nous raconte cet emboitement des réalités, sans utiliser d'artifice irréaliste. C'est une œuvre personnelle - un travail de mémoire, d'introspection.
Ce roman est difficile à lire - il faut prendre le temps de le savourer tellement il est riche et sophistiqué. On peut comparer ce roman à une pièce montée de 14 gâteaux relativement indigestes à déguster en une fois. Après avoir consommé un tel dessert, un régime s'impose...