La génération Z a déjà ses stars, dans les domaines du sport, du cinéma ou, pourquoi pas, des réseaux sociaux. La littérature semble suivre le mouvement avec un auteur suisse, Nelio Biedermann, dont le deuxième roman, Lázár, suscite des comparaisons flatteuses avec des œuvres écrites par des écrivains de renom. Voyons voir, le livre raconte les heurs et malheurs d'une famille aristocratique hongroise de 1900 à 1956, mais ne dépasse pas les 350 pages, comment donc est-ce possible de le qualifier de saga ? La vérité est que ce jeune homme possède un talent évident de conteur et qu'il sait mettre toutes sortes d'ingrédients pour ce que son roman sonne dékà comme un classique, tout en affichant une certaine modernité. Histoires d'amour, disparitions plus ou moins violentes, récit familial sur trois générations, le livre se fait aussi conte dans les situations évoquées dans et autour du château des Lázár. Le livre se dévore grâce à son élasticité temporelle, avec ses ellipses et ses arrêts sur images, soit contemplatifs ou psychologiques, mais le plus souvent ironiques, car il ne s'agit de rien d'autre que de la chute d'une dynastie, à l'instar de la maison Habsbourg. Le rapport à la grande Histoire des différents personnages est la clé de l'ouvrage, montrant s'il en était besoin que cette famille, aussi puissante soit-elle, doit se plier à la loi des plus forts, nazis puis communistes, avec résignation et même un brin de lâcheté, parfois. Oui, Biedermann survole les époques, mais ne lâche pas ses acteurs, plus que ses actrices, d'ailleurs, les ramenant à leurs conditions d'humains, pas très courageux et égocentriques, la plupart du temps, et balayés comme des fétus de paille par la folie d'un demi-siècle de violences. Au fond, Imre, personnage secondaire, réfugié dans sa démence tranquille, est celui qui semble avoir le plus de sagesse dans cette famille où les illusions de grandeur ne durent qu'un temps assez bref.