J'espère que ce livre percera l'obscurité.
Il risque d'être noyé dans la masse et tomber dans l'oubli.
"Au bout de sept ans de mariage, un mari aimant apprend à sa femme qu'il est homosexuel. Un homme puis un autre s'installent dans leur vie commune."
Un sujet dans l'air du temps, mais C.Lamarche l'aborde en évoquant, en réveillant un ancêtre de sa famille.
Il s'appelait Edmond et c'est lui le bel obscur qui sera le fil rouge de tout ce récit.
Il a été gommé de l'arbre généalogique de l'autrice.
"Il était Liégeois, ingénieur des mines.
Mort à 30 ans en 1865".
Reste dans les archives familiales deux photos (une est en couverture) et un brouillon de lettre.
Edmond, cet inconnu ignoré, est la porte d'entrée de cette enquête filiale intime, une figure troublante, effacée dans un angle mort mais bien réel.
"C.Lamarche excelle dans l'art de bâtir ses livres telles des maisons qui abritent des récits."
Dans "Le bel obscur", deux histoires se déplient, se déploient, se croisent, séparées par un espace-temps de presque 100 ans.
D'abord la narratrice évoque une vie de famille interrompue par la révélation du mari, de l'époux père de deux filles de son homosexualité, sans comprendre pourquoi, elle pressent que le mystère d'Edmond rejoint son vécu :
"Quand j'ai découvert l'existence d'Edmond, je me suis précipitée sur cette voie de traverse, espérant qu'elle m'aiderait a élucider mon propre destin."
Le couple choisit de préserver leur pacte d'amour, déséquilibré et fragile.
Mais les semblants, l'acclimatation désirée entraîne un mal être, des situations ingérables, cachées et refoulées.
Il faut aussi se resituer dans l'époque des non-dits.
Le non choix, l'effacement, une tempête qui déracine et un non retour :
"Un gouffre intransigeant, ancré comme une épave abandonnée ou un chien sur le bord de la route en plein été."
Il faut se reconstruire, surmonter et dépasser l'invisibilité.
Entre deux figures insaisissables, l'aïeul évaporé et l'époux infidèle, trouver
un passage vers une libération, celle d'être soi-même.